S’assumer qu’ils disaient…

Le discours prétendument déculpabilisant par rapport au corps nous dit de nous aimer comme nous sommes, d’accepter nos défauts, et de mettre en valeur nos atouts. Mais cet adage est bien plus perfide et moins libérateur qu’il n’y paraît. S’assumer, ca veut dire quoi? Être bien dans ses ballerines ou avoir l’air bien dans ses bottines? La nuance est capitale.

Your body is a temple

S’assumer, voudrait dire être réconciliée avec son corps. Arrêter de lui faire la guerre de chercher a perdre les kilos dont on n’arrive pas à se débarrasser. Soit. Mais derrière ces jolies tournures, il y a le sacro-saint respect du corps. Le corps étant une belle machine qui s’entretient pour ne surtout pas perdre son capital santé/séduction. Optimiser. Pour cela, il faut manger sainement et faire du sport, mais sans se mettre au régime, parce qu’on ne voudrait pas avoir l’air d’une fille frustrée et complexée quand même. Et à choisir on préfère être vue frustrée et complexée que comme quelqu’un qui se laisse aller, un coca dans une main un muffin dans l’autre. Alors on boit du jus d’herbes, on détox, et on s’inscrit à un cours d’aquabike ou de pilates. Bref, un esprit sain dans un corps sain. Enfin, plutôt un esprit qui ne part pas dans tous les sens dans un corps contrôlé et cadré.

Shine and bright like a diamond

Quand on est grosse, moche, pas normée ou pas normale, on nous apprend que, pour se faire remarquer, il faut compenser avec sa petite étincelle personnelle qui rend chaque femme unique et exceptionnelle. Rien que ça! C’est à en devenir tarée… Trop de messages contradictoires. Pour être baisable comme tout le monde et rentrer dans la norme, il faut savoir se démarquer. Et puis, comment trouver une sorte de paix mentale vis a vis de son corps quand la société n’est qu’une immense injonction à le remodeler, mince ou pas ? Même si cette acceptation semble être un enjeux collectif à la grande classe des femmes, il y a bien une hiérarchie. Les belles n’ont besoin de rien d’autre, elles n’ont même pas besoin d’être gentilles, l’entretien de leur beauté suffit à l’acceptation sociale, aussi triste que ce soit pour leur personnalités. Les non normées doivent jouer de leur beauté intérieure, la laisser dégouliner à l’extérieur pour camoufler bourrelets et autres imperfections. On doit miser sur la petite étincelle. Mais là encore, prudence ! Il faut être drôle mais pas trop histoire de ne pas tomber dans la friendzone. Il faut être sympa mais pas trop pour ne pas avoir l’air de combler un vide. Sûre de soi mais pas trop pour ne pas avoir l’air de péter plus haut que sa peau d’orange. Intelligente mais pas trop, il s’agirait pas d’écraser son interlocuteur ou d’avoir l’air arrogante. Et derrière tout ça quoi? Encore une fois le grand marché de la baise. Bon, c’est vrai, que le s’assumer vient surtout des magazines féminins, c’est leur moyen d’arriver à vendre aux quelconques et aux moches en leur faisant croire qu’elles sont prises en compte qu’elles peuvent être aussi jolies et inexpressives que le modèle en 34 retouché page 48.

Sois belle et consomme !

S’assumer c’est aussi oser le sexy. Mais là, c’est pareil, extrêmement codifié. On montre un peu de seins, parce que, charnue, on en a. Pas trop le haut des cuisses, il pourrait y avoir des capitons. Yeurk! Jauger, évaluer son corps pour établir ce qui est montrable ou non et le contrôler pour le faire paraître sous son meilleur jour. Mais à travers ça, ce qui se dessine c’est une femme aux contours vaguement élargis, avec un franc sourire qui lui barre la gueule, symbole de l’autosatisfaction parfaite. C’est une silhouette en sablier, des seins, du cul, une taille marquée si ce n’est fine quand même. Encore une fois, une nana qui rentre dans le moule. A croire que cette théorie a été élaborée pour toutes celles qui avaient renoncé au moule, fatiguées de se torturer et de se tortiller dans les cabines d’essayage pour faire vaguement l’affaire. Mais elles représentaient la déviance et une part de marché non négligeable. Ça valait le coup qu’on leur consacre un peu de papier, malgré leur gras.

Une norme universelle ?

Mais où sont celles qui ne rentrent pas dans le nouveau moule? Celles qui ne s’acceptent pas autant qu’elles le devraient? Celles qui ont choisi, ou pas, de jouer leur vie sur un autre terrain que celui de la satisfaction de leur apparence? Où sont celles dont le corps ou la manière d’être ne collera pas de toute façon? Celles qui puisent leur force ailleurs? Celles qui ne sont pas dans la course effrénée à la teub? Celles qui s’en foutent? Celles qui ont choisi de passer leurs économies dans autre chose que l’industrie de la mode? Je passe les économies que je n’ai même pas le temps de faire dans de la parure. Et ça marche, je me sens forte et belle quand j’ai une nouvelle tenue et les ongles faits. Je ne vais pas prétendre que ça marche pour tout le monde, ni que c’est la solution miracle. C’est superficiel, c’est une petite trahison politique, c’est une armure. Ça alimente mon côté control freak, l’engrenage est sans fin, je ne porte plus de rouge parce que mes lunettes sont roses, je ne porte plus de vernis sans top coat, je ne sors plus sans maquillage. Les codes, les lignes de conduites se superposent. Mais ça me fait triper d’être une pétasse. Pour l’instant…

S’assumer ne veut pas dire changer le regard que l’on a sur son corps ou sur celui des autres, le rendre moins normatif et plus indulgent, non. Cela veut dire rendre son corps tel qu’on veut qu’il soit aux yeux des autres : paraître. Le sublimer en ayant conscience de ses limites. C’est se rendre acceptable aux yeux de la norme qui adopte tous les discours pseudo émancipateurs qu’elle a sous la main pour s’étendre et vendre toujours un peu plus. C’est ne se considérer qu’en fonction de l’image. Moi, je voudrais pourvoir lire que la beauté est dans une expression, une allure, une attitude. Qu’elle réside dans une manière de voir la vie, de parler, de rire. Qu’elle se découvre plus qu’elle ne saute aux yeux. Qu’elle n’a pas forcément besoin d’en jeter. Qu’un corps devient plus beau au fur et à mesure qu’on apprend a le connaître. Mais ça ne cadre pas avec le libéralisme économique et sexuel et le culte du coup d’un soir. Je voudrais lire que nos beautés sont multiples et qu’elles sont surtout nos personnalités, que d’avoir de la valeur ne se résume pas à une manière de présenter et de s’arranger. Je voudrais surtout que les gens assument et connaissent leurs désirs quand bien même ils ne sont pas conformes. Je voudrais aussi qu’on arrête de considérer que remarquer la beauté d’une personne est un préalable au cul, ou à la comparaison du qui a le plus beau boule. On peut toujours rêver.

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La revue de presse de Dame Simone

J’ai pas eu trop le temps de vous faire part de mes lectures de presse, ces derniers temps, je vais essayer de me rattraper. Tout n’est pas d’une fraîcheur extraordinaire.

Les enfants sont toujours plus surveillés, rappelés à l’ordre et stigmatisés par rapport au « surpoids » :

– En Floride, on envoie des lettres aux parents des enfants dits en surpoids, même quand les enfants sont minces ont une activité physique régulière. Le seul outil d’évaluation pour déterminer si les enfants sont ou non en surpoids  est encore une fois l’IMC, cette mesure est non seulement régulièrement réévaluée de manière arbitraire par les médecins de l’OMS (systématiquement favorisant la maigreur soit dit en passant), mais elle n’est pas fiable : elle ne prends pas en compte la différence entre la masse graisseuse et la masse musculaire. Ces lettres ne sont pas des outils pédagogiques à destination des enfants, elles sont culpabilisantes et stigmatisantes, les enfants subissent déjà bien assez de brimades et de moqueries de la part de leurs camarades, de leurs professeurs et de leurs familles comme ça. On pourrait penser que c’est alors à destination des parents,  mais l’obésité infantile étant majoritairement due à la malbouffe et touchant particulièrement les familles pauvres, ces mêmes familles n’ont pas le choix dans ce qu’ils donnent à leurs enfants à manger, ni dans les activités sportives que ces derniers peuvent pratiquer, il faudrait être stupide pour croire que cela pourrait avoir un effet… Cela revient alors à culpabiliser un peu plus des personnes impuissantes. Magnifique !

– « Les enfants de la campagne qui gambadent en forêt, alors que ceux de la ville restent avachis devant la télévision: un cliché qui a la vie dure. Mais une étude de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich vient le contredire. » Les petits rats des villes seraient moins dodus que les petits rats des champs. Les causes de cette disparité ? Encore une fois l’origine économique des enfants : les bourgeois qui étaient partis se « ressourcer » à la campagne, reviennent désormais en ville, et ce, avec leurs marmots. Ces enfants sont moins touchés par les désastres de l’industrie agroalimentaire et sont donc moins gros. Autre cliché brisé par cette étude, les filles sont moins touchées par l’obésité que les garçons. On pense souvent les filles moins actives que les garçons qui auraient besoin de se dépenser, de courir… Bref, les petites filles seraient plus sédentaires et donc plus suspectes quant aux kilos qui s’incrustent. C’est évidemment une construction sociale. Tout comme le mythe selon lequel les femmes auraient besoin d’un apport calorique moindre que celui des hommes et celui qu’un peu de ventre est signe de robustesse chez un homme et mais de laisser aller chez une femme. Sans même parler de la binarité affligeante de ce genre de discours… Quoiqu’il en soit les conclusions de l’étude sont bien tristes, si les filles sont moins touchées que les garçons c’est parce que les parents sont plus attentifs à leurs comportements alimentaires et à leurs allures qu’à celle des petits garçons… Le contrôle du corps des filles pour une mise à disposition du regard des hommes commence jeune.

– Michele Obama est partie en croisade contre l’obésité des enfants, avec Quenn B comme vaillant petit soldat, la ville de New York fait sécession (pas mal le jeu de mots sur les état unis). Pour lutter contre la pression imposée aux petites filles en matière d’esthétique, que ce soit par les concours de mini miss ou par l’apologie de la maigreur, New York a tourné un clip qui promeut la beauté intérieure.

Une très belle initiative, on en manque. Surtout de la part des pouvoirs publics, qui la plupart du temps culpabilisent les jeunes. Mais il faut voir les choses dans leur globalité. Les sanctions contre le complexe mode beauté et l’industrie agroalimentaire se font attendre, le discours est donc profondément contradictoire. C’est très bien, mais on se demande si ce n’est pas pour se donner bonne conscience.

Une étude américaine a décortiqué les films pour enfants démontrant qu’ils induisent un mauvais comportement alimentaire : sodas, fast food… mais aussi qu’il répercutaient une vision grossophobe des enfants : « près de 70 % des films stigmatiseraient le surpoids des personnages »

Le petit oiseau va sortir! :

Les réseaux sociaux sont à la fois le lieu idéal du déversement de la haine contre les gros, les moches, les dominés toutes catégories : femmes, personnes racisées, travailleuses du sexe, homosexuels, transsexuels, et autres a-normaux. L’anonymat, le prétexte de l’humour et le culte du moins de 140 signes favorisent les sentences lapidaires et discriminatoires en tout genre. De plus, les dominants ou ceux qui veulent dominer prétendent briser le tabou du politiquement correct d’un soit disant ordre bien pensant qui interdirait de dire quelques « vérités » pourtant rabâchées à longueurs de journaux télévisés et d’éditos fumeux. Belle escroquerie intellectuelle !

– Dans un premier temps un groupe facebook questionne les internautes sur l’éventuelle commercialisation d’une barbie ronde afin de mieux coller à la réalité.

Les réactions ne se sont pas faites attendre. D’abord il faut noter que même si le principe peut être bardé de bonnes intentions, la barbie grosse reprend tous les clichés de la grosseur et est quelque peu ridicule. Je vous passe tous les commentaires purement méchants et ignorants. Lisez donc cet article du site Ma Grande Taille

– Après le Slut shaming, phénomène de mode qui consiste à harceler et insulter les femmes qui vivent une sexualité et assument leur sexualité ou tout simplement qui sont perçues comme des salopes, bref la misogynie en action, voici le Fat shaming. Un site internet de cromagnons américains a même lancé la FatShamingWeek sur twitter. Ce site titre des articles comme « les  raisons d’humilier une sale grosse lors d’un rencard » ou « pourquoi les grosses n’ont pas le droit à l’amour? ». Tout un programme.

Mais bonne nouvelle, les réseaux sociaux permettent aussi de rassembler des personnes minorisées et isolées, et même si c’est une forme de mobilisation artificielle et peu probante en terme d’avancées politiques, elle permet de faire exister et de construire un discours, de relayer des témoignages…

– En réponse à la tristement célèbre fatshamingweek est né le hashtag FatMicroagression. Le but est de répertorier toutes les petites brimades du quotidien subies par les gros. C’est déjà ça !

Du coté de la science :

– Les études qui ne vont pas uniquement dans le sens de l’industrie de la santé, industrie qui a tout intérêt à nous vendre des médicaments et à nous forcer à nous faire maigrir, ne sont pas légions. Normal, elles ne sont pas financées, elles n’aboutissent pas sur des millions de bénéfices pour les actionnaires, et sont à contre courant des politiques publiques. Sauf que récemment, des chercheurs ont démontré par une études comparative que les gros ne sont pas en plus mauvaise santé que les minces. Bien entendu en même temps est sortie une autre étude qui montre qu’on ne peut pas être gros et en bonne santé, car même si on a un corps dans lequel tout est au beau fixe, il reste un risque… OUAOUH!

– Autre coup porté à l’industrie du contrôle du corps et des régimes : compter les calories ne sert à rien. Un scientifique à récemment pondu un papier sur l’inefficacité de cette technique qui rend fou. Mais pourquoi ? on savait déjà que le nombre de calories absorbées et dépensées dépendait de l’activité physique pratiquée, il ajoute que les personnes ne les synthétisent tout simplement pas de la même manière. En plus, les données nutritionnelles sur les étiquettes ne sont pas à jour et la cuisson des aliments peut modifier leur apport calorique.

 

– A Honfleur, un médecin comparait pour avoir donnée une association médicamenteuse interdite car dangereuse à ses patiente en vue de les faire maigrir. La science à tout pouvoir, les gros peuvent crever en silence, la justice s’en fout. Il a été relaxé. Il ne s’agirait pas de créer un précédent qui pourrait faire raquer l’industrie du médicament ou les médecins gourous à la botte des laboratoires. C’est la crise ma bonne dame !

Discriminations en tous genres :

– Les compagnies aériennes sont sans pitié envers les gros, régulièrement, ils les obligent à acheter deux places pour pouvoir voyager. Plutôt que de faire des sièges confortables et accessibles à tous, ils préfèrent nous faire payer double tarifs. Sans parler du prix de l’humiliation. Mais un passager fait remarquer que ces places sont régulièrement attribuées à l’opposé l’un de l’autre. Si on avait un doute sur les raisons d’un tel système…

– Dans la série ça plane  pour moi : les médias français ont relayé pour une fois un cas de grossophobie dans les transports aériens. La même compagnie British Airways qui a pourtant assuré le voyage aller de Kévin aux Etats Unis refuse de le ramener chez lui, invoquant des raisons de sécurité. Une autre compagnie aérienne accepte de le prendre en charge. Puis Eurostar refuse le lui faire traverser la Manche. Mais une compagnie de ferrys finira par le ramener chez lui. Kévin a toutefois mentionné que son voyage s’était déroulé dans des conditions de confort déplorables et douloureuses, malgré la générosité des concurrents de British Airways et d’Eurostar qui ont du flairer le coup de pub. Kévin souffre d’un dérèglement hormonal, cause de son obésité. Je ne suis pas sûre que l’histoire ait fait autant de bruit et ait suscité autant de solidarité (même strictement commerciale) si il avait été tout simplement gros, un gros normal, donc volontairement gros.

– Un Sud Américain à failli perdre son visa en Nouvelle Zélande parce qu’il était trop gros. Son poids ne lui permettant pas d’avoir un niveau acceptable de santé nécessaire pour rester dans le pays où il réside depuis 6 ans. L’inquiétude du pays étant qu’il fasse appel à son système de santé. Il a finalement pu rester chez lui, mais il devra payer de sa poche ses dépenses de santé. Mais comment prouver que les problèmes cardiaques d’un homme de 50, 60, 70 ans ne sont liés qu’à son poids? Mystère…

– Les opérations de testing dans les entreprises pour déceler les cas beaucoup trop fréquent pourtant de discrimination à l’embauche sont rares. C’est pourtant ce type d’initiative qu’à pris la MEF du Cotentin. Morale de l’histoire : les femmes sont discriminées au profit des hommes, des fois qu’elles tombent enceinte ou aient un chiard qui vomit les salopes… Elles ont 2 fois moins de chances que les hommes d’être sélectionnées pour un entretien. Les vieux, prêts à claquer à tout instant ou pas prêts à garder leur job 40 ans de plus au pays où la mobilité professionnelle est plébiscité partout, ont, eux, 2 fois moins de chances d’être convoqués, et une femme en surpoids à 71% de chance de moins qu’un homme mince d’être reçu. Pour un homme en surpoids c’est seulement 6.6% de chance en moins. Assez étonnamment l’étude montre que les critères d’origine et de handicap, même s’ils entrent en compte ont moins d’impact : 25% de chances en moins avec un nom d’origine africaine et 35% avec la mention travailleur handicapé sur le CV.

Dans la série sadisme et autres tortures  :

– 47% des 2000 anglaises interrogées ont déclaré prendre des laxatifs pour maigrir rapidement, même si elles savent que c’est inefficace sur le long terme et mauvais pour leur santé.

– Moins dangereux pour la santé mais tout aussi fou… Le spray malodorant pour maigrir ! A vaporiser dans votre cuisine pour vous dégoûter quand vous vous approchez en douce d’un placard pour piquer un gâteau.

Obésité, soutien-gorge, diététique, régime

– Microsoft, toujours prêt à gagner un peu plus de pognon est sur le point de commercialiser un soutien gorge qui ferait maigrir. Oui, oui… Comment? en surveillant le rythme cardiaque et en avertissant la porteuse de son niveau de stress. Elle est ainsi prévenue que le risque de grignotage est imminent. Les créateurs de l’engin ont même spécifié qu’ils y avait aussi pensé pour les hommes, mais (oh surprise!) leurs sous vêtements sont trop loin de leur coeur (sic!).

– Après le régime vers solitaire, le régime soupe au chou, le régime hyper protéiné qui bouffe le foie et les reins des patients/cobayes, le régime étouffe toi avec du coton et/ou du savon. Ce qui est génial c’est que c’est encore une fois, la presse féminine ici, Marie Claire,, qui dénonce les dérives de la vague sur laquelle elle surfe, la même presse qui cale une nouvelle formule magique pour maigrir en s’affamant à presque chaque numéro. Que penser? que ce genre d’article est quand même bénéfique par ce qu’il a un discours qui dénonce? Ou perd-il tout intérêt voire devient-il dangereux au vu du contexte dans lequel il officie? Si les injonctions à longueur de pages sont de vénérer la maigreur, comment ce genre d’article peut-être perçu autrement que comme une fiche technique pour atteindre ce but? Pourquoi ne pas plutôt changer le format des mannequins? Ou faire paraître ce genre de témoignage?

-Une nouvelle opération chirurgicale pour maigrir ! L’endobarrière est un sac plastique qui est disposé dans l’intestin du patient/cobaye et qui lui évite de digérer tous les aliments qu’il ingère. Après le brochage des machoires, le plus simple pour ne plus manger, le raccourcissement de l’intestin, le plus simple pour ne plus digérer, et la réduction de l’estomac à la taille d’un pot de yaourt, le plus simple pour ne presque plus manger, voici le sac poubelle intégré. Oh yeah ! Voyons le côté positif, puisque certains vont être tenté, ou poussés par leur médecin, c’est non invasif et réversible. Par contre quelques questions susistent : « Comme pour tout geste médical, il peut y avoir des risques de complications comme des ulcères de l’estomac, ou des hémorragies ou encore, moins grave mais pouvant être très handicapantes, de fortes nausées. Autre question : une fois le dispositif retiré que se passe-t-il pour le patient ? On sait très bien aujourd’hui que les patients obèses ne mangent pas car ils sont goinfres, mais car il existe un dérèglement du tissus adipeux et que les messages envoyés par le cerveau sont parfois brouillés. »

Au pays des peoples :

– Jessica Alba prône le régime corset. Personne ne lui  a reproché son éventuelle influence sur des femmes moins aisées financièrement et entourées médicalement qu’elle, femmes qui pourraient vouloir faire comme elle. Non, son discours est simplement vu comme une nouvelle folie de star, comme une bizarrerie et non comme un appel à l’automutilation. Si demain, Marylin Manson parle du plaisir que lui procure la scarification, j’aimerais bien voir ce qu’il se passerait.

– Ceci dit les régimes de stars plus dangereux les uns que les autres était déjà dénoncés par la presse en 1929.

-Jennifer Lawrence, qui a cartonné avec Hunger Games, prens régulièrement position contre les pressions à la minceurs dont elle subit les conséquences. Elle a affirmé à plusieurs reprises ne pas vouloir faire de régime et surtout elle parle de toutes les fois où on lui a dit qu’elle était grosse. Malgré un physique plutôt « normal », voire mince selon moi, elle est perçue comme « ronde » par les magazine féminins. Elle prend désormais la défense des gros en condamnant les insultes qui leurs sont faites.

Rosie Hutington : mannequin pour Burberry a fait le buzz. Elle a refusé de suivre un régime qui ne consistait qu’à manger un seul sushi par jour. Elle est opposée par les magazines à Naomi Campbell qui, au même moment, affirme s’affamer avant les défiler. Mais, les filles ayant un rapport équilibré à la nourriture dans ce milieu sont clairement minoritaires. Vu la pression que subissent les mannequins, devons nous vraiment les blâmer pour leurs comportements ? Ne peut on pas voir un peu plus loin pour une fois?

– Pendant ce temps de vraies grosses parlent de la grosseur et refusent de suivre des régimes. J’ai nommé, Melissa Mc Carthy et Rebel Wilson. Bien que sous employées, ou plutôt sur employées dans le rôle de la grosse rigolote, elles sont régulièrement à l’affiche de films et de séries télé. Elles se serrent les coudes et elles ont même fait un pacte pour ne pas faire de régime.

Rebel Wilson and Melissa McCarthy - 2013 MTV Movie Awards Show

– Enfin ! une association de femmes rondes, porte plainte contre Karl Lagarfeld qui a fait de l’insulte envers les gros sa marque de fabrique. Désormais il est invité dans les médias presque qu’exclusivement en l’attente d’un de ces fameux « dérapages ». Il s’offre une légitimité en répétant partout que lui, il a perdu 30 kilos. Elles ont même lancé une pétition en ligne.

A la prochaine !

La revue de presse de Dame Simone

et me revoilà avec un nouveau petit tour d’horizon de ce que nous dit la presse des gros-ses ces temps ci.

Fausse bonne nouvelle.  La pilule anti obésité (mais pro diarrhées persistantes) Alli a été retirée du marché par GSK, le labo qui la fabriquait et la vendait sans ordonnance. Les raisons, non pas une prise de conscience subite qu’on ne peut pas complexer et rendre malade une partie de la population au nom du profit que génère l’industrie de la minceur, mais « un problème d’approvisionnement de la molécule en janvier 2012 » lié au « contexte français de l’affaire du Mediator« , selon les propos d’une porte-parole du laboratoire. Traduction, ils ne prennent pas le risque de dédommager de probables victimes, une mesure préventive quoi, pas pour les gros qui pourrait crever ou tomber malades, mais pour leur portefeuille.

Ne nous leurrons pas, de nombreux chercheurs travaillent à trouver les causes de l’obésité, afin de nous éviter ces bourrelets jugés disgracieux, ou plutôt de les éviter à la vue de ceux qui ne les supportent pas (Karl, si tu m’entends). Le but étant de dépister, comme pour le Sida, Alzheimer  ou Huntington… Passons sur ce que je pense de la considération de l’obésité comme maladie mortelle, ce sera l’objet de quelque chose de beaucoup plus documenté que mon simple avis dans le futur. Mais je suis tombée sur cet article fort intéressant, sur les conséquences des dépistages et autres test génétiques. J’imagine les chercheurs se dire:

« Jean Mi faut trouver une test pour détecter l’obésité, on sera vénérés par la communauté scientifique, Michelle Obama, et on se fera des couilles en or »

– Ouais mais Robert, je suis pas sûr, que ce soit une bonne idée, les gros quand ils sauront que c’est génétique, ils seront fatalistes, ils se laisseront aller, et ils ne s’affameront plus, alors nous allons mourir sous leur graisse qui se répandra partout. Franchement Robert, tu préfères, l’argent et la gloire ou le miracle de la vie? ». Dilemme !

Rue 89 nous raconte cette jolie histoire d’un groupe de grosses qui participe à une course « la parisienne », elles nous racontent l’entraînement, on y voit aussi le discours contradictoire quant au sport pour les grosses, d’un côté on culpabilise de trop de sédentarité, d’un autre on nous dit que si on fait du sport on va bousiller nos articulations. L’article est intéressant, parce que déjà il prouve qu’on peut être grosse et faire du sport et que c’est comme pour tout le monde une question d’entrainement, il explique aussi que le sport ne fait pas maigrir. Par contre, ce qui est triste c’est que l’initiative est payante (200€ pour l’entrainement, euh pardon, on dit « coaching » de nos jours). Ç’aurait été plus beau si ça avait été une bande de copine ou  une asso de fat acceptance, mais bon, dans ce monde de brutes, on prend ce qui se présente.

Dans une interview donnée au Times, une ex mannequin Katia Elizarova, raconte les coulisses du mannequinat « Je connais des filles qui étaient boulimiques, qui prenaient de la cocaïne pour avoir les joues creuses », et d’autres « qui s’arrachaient même les dents pour paraître plus minces ». Sur la question, je vous invite à lire, le très bon et très accessible livre de Mona Chollet, Beauté Fatale.

Et les causes de l’obésité sont toujours plus nombreuses :

– un estomac désensibilisé par l’absorbtion de trop de graisse et qui ne perçoit donc plus la satiété, seule solution la chirurgie bariatrique.

le couple, et heureux qui plus est

les bactéries intestinales

– les sodas, on savait déjà, mais cette fois c’est les bulles

– ah non en fait c’est le cerveau

Bref, nous sommes toujours un peu plus des cobayes des laboratoires et autre blouses blanches. Labos qui cherchent à la fois à nous sauver de nous mêmes, et à faire toujours plus de fric.  D’ailleurs, ils sont fiers les médecins, ils sont enfin arrivés à prouver que les chirurgies de l’obésité peuvent améliorer la santé du patient. Jusque là, ces chirurgies barbares et souvent irréversibles faisaient certes perdre du poids rapidement, mais elles ne faisaient pas rentrer les patients-cobayes dans le moule pour autant, la plupart du temps, elles doivent être suivies d’opérations de chirurgie esthétique coûteuses et douloureuses. De plus, le principe de base de ces opérations est d’affamer les patient-cobayes ou de les malnutrir de force et à vie, ou les deux :

– soit en diminuant de manière conséquente la taille de l’estomac (sleeve définitif, anneau gastrique pouvant être retiré et de moins en moins utilisé, la mutilation à vie étant préférable, évidemment),

– soit en court-circuitant le système digestif afin que les aliments ingérés ne soient plus digérés (by pass) en plus d’un rétrécissement de l’estomac (cette opération signifie diarrhées à vie)

Le tout au nom de l’espérance de vie des patients. On ne parle même pas de la vie sociale des personnes qui ont subit ces opérations, qui troquent le complexe du bourrelet contre celui de la peau qui pend, et qui ne peuvent plus manger plus du contenu d’un pot de yaourt à la fois, super pour les repas de famille, les bouffes entre potes. Bref, ces chirurgies devaient bien trouver une utilité aux yeux de la science à cette boucherie.Et super, ils sauvent enfin le monde du diabète. Hourra, on pourra charcuter la conscience tranquille.

Dernière avancée en date, maintenant on opère les enfants dès deux ans. Et ce qui est super c’est que maintenant, c’est assumé, il faut rendre les gens minces à n’importe quel prix, les conséquences importent peu : « Pr Paul Zimmett, de la Baker IDI Heart and Diabetes Insitute d’Australie a cependant souligné qu’ils n’ont aucune idée des effets de l’opération sur la croissance de l’enfant, et à moins qu’il n’ait un suivi personnalisé, il pourrait avoir des carences en vitamines. » Avant l’opération ses parents avaient essayé de le faire maigrir 2 fois. En deux ans, bah dis donc…

Une petite perle en absurdie. Glamour, nous démontre une fois de plus que le contrôle du corps des femmes n’a pas de fin. Après le tigh gap, les dépigmentation de l’anus et lifting des aisselles, ils voient toujours plus loin… Rassurons nous, dans quelques mois, ils feront une une sur ces « femmes rondes »  qui s’acceptent dans leur 42 de chez zara avec des jolies photos de fashion victims plus size. Et il nous mettrons en garde contre les régimes trop dangereux pour la santé. Ils nous diront qu’on est sexy et qu’on est  plus belles quand on s’accepte comme on est. La presse féminine est résolument schizophrène.

La fausse polémique du moment : la frite allégée chez burger king… S’ils nous remplacent la frite par une salade, je fais un scandale.

Et pour finir un petit bonus. Nous ne sommes plus seuls.

A la prochaine !

« Debout les moches! » by Causette

Causette, à la fois ça me plaît, à la fois ça m’agace. Ça me plaît parce que ça fait du bien d’avoir un magazine féminin qui aborde des questions de fonds, tout en restant léger, parce qu’elles sont féministes aussi. Elles m’agacent parce qu’elles sont féministes laïcardes à la limite de l’islamophobie patentée et qu’elles ne sont pro choix que pour l’avortement. Le voile et les putes sont des débats qu’elles abordent sans faire de distinction entre choix et soumission et je ne suis pas fan de ce côté victimiste. Sur ces questions je préfère Grazia, qui contre toute attente, a un point de vue beaucoup plus ouvert. Bref, malgré tout j’achète régulièrement le magazine, et cet été j’ai voyagé en train et dans ce cas là Causette (et Grazia donc…) restent mes meilleurs alliés.

J’avais déjà râlé il y a quelques temps à propos d’un dossier sur la grosseur qui était franchement limite. Je leur avais écrit une lettre enflammée d’indignation à laquelle évidemment je n’ai jamais eu de réponse. Comme l’été est le moment de toutes les obsessions corporelles, elles réitèrent avec un dossier sur les moches cette fois. Je n’ai pas lu le dossier dans le train, j’avais peur d’arriver toute rouge et vénère chez belle maman, alors j’ai demandé à chouchou de le lire pour moi d’abord histoire de savoir à quoi m’en tenir. Et l’air de rien, c’est mieux.

 causettegood

Ça commence plutôt bien, Causette s’entretient avec Jean-François Amadieu, auteur de Le poids des apparences. Beauté, amour et gloire. Il pose les choses assez clairement en ce qui concerne la discrimination subie par ceux qui ne collent pas à la norme esthétique en vigueur. Il rappelle que la beauté est définie par une norme:  » Fondamentalement, être moche ou beau, ça ne veut rien dire. Il y a juste un consensus, à un moment donné, sur la beauté. » Sont moches tous ceux qui dérogent à la norme. « Alors, a contrario, les moches, c’est quoi? Ce sont des personnes qui s’éloignent des standards, aujourd’hui les gens moins valorisés. » Il explique également que les scientifiques français ne s’intéressent pas beaucoup à cette question jugée « frivole », question qui relèverait plus de la presse féminine culcul la praloche. Presse qui ne parle jamais des normes en elles-mêmes, mais qui nous prescrit comment faire partie du grand tout des filles belles, comment nous mettre en valeur, ou nous modeler à l’image de Photoshop.

Les moches n’apparaissent donc pas dans les études scientifiques: « Le problème, c’est qu’on étudie ce qui se mesure, et ce qui se mesure facilement. Sur l’apparence physique, qu’est ce qui se mesure? Éventuellement l’IMC (indice de masse corporelle), la taille et le poids. C’est pour ça qu’il existe des études sur ces critères. Mais pour ce qui concerne les visages, la disgrâce, il n’y a plus de mesure statistique. Donc pas de définition pour le moment. » Juste une définition en négatif en somme.

Pourtant les conséquences sont bien réelles: « quelqu’un considéré comme moche ne peut jamais être avantagé sur le marché du travail. […] Dès l’enfance, les enfants beaux sont valorisés à l’école. Et au plan professionnel […] les moches sont stigmatisés, mis à l’écart. […] On parle d’ailleurs beaucoup du recrutement, mais l’autre vrai problème, c’est le harcèlement. Parce que les premiers motifs de moquerie déclarés par les français, ce sont la taille et le poids. » Il exhorte les moches à se plaindre, à se regrouper pour agir et à utiliser la voie juridique (qui, bien que très peu usitée, existe) si nécessaire: « le problème c’est qu’il y a très peu de réclamations, donc pas d’informations.[…] il faudrait que les discriminés n’hésitent pas à porter plainte ou à envoyer des lettres au Défenseur des droits quand les employeurs les écartent pour des raisons esthétiques ou sélectionnent sur des critères d’apparence. Il faut le signaler. Je défends le CV anonyme, je ne comprends pas qu’aujourd’hui on puisse recruter avec photo, ce n’est pas normal. Il reste toujours la solution d’aller défiler devant chez Abercombie, et de les emmerder. » J’aime assez l’idée.

S’en suit une interview de Damien Jouillerot, acteur dans Monsieur Batignole et Les fautes d’orthographe entres autres.

Il explique comment c’est d’être acteur et d’être le moche de service. J’aurais bien aimé que Causette nous explique comment elles l’ont abordé pour lui proposer cette interview. Parce que c’est quand même délicat. Je me rappelle que quand j’ai organisé des soirées autour de la grosseur, spécialement des trucs en non mixité ou sur invitation, c’était difficile de dire « hey, je sais pas si t’as remarqué mais t’es grosse et moi aussi, alors on a peut-être des trucs à partager, ça te dit de venir tel jour? ». C’est compliqué parce que dire à une nana qu’elle est grosse c’est presque toujours une insulte ou un rappel à l’ordre. Alors je me demande comment ils l’ont abordé avec lui, j’aimerais bien avoir leur recette pour dire aux gens qu’ils sont moches mais sans risquer de les vexer. Plein de philosophie le garçon en tout cas « Aujourd’hui, quand je lis qu’on veut me confier un rôle de « petit gros à lunettes », je me dis que c’est parce que je suis un petit gros. C’est tout. Le jour où on m’appellera pour jouer un grand Black de 2 mètres, je me poserai des questions! ».

Par contre, la solution proposée pour être reconnu à sa juste valeur, ou tout simplement pour être respecté, c’est de fermer sa gueule et de faire ses preuves malgré les humiliations. « Une fois, des producteurs parlaient de moi – ‘on va pas le prendre, tu as vu la gueule qu’il a?’- alors que j’entendais tout! Là, tu te dis: soit je me lève et je leur en colle une, soit je passe les essais. […] Il faut leur montrer ce qui se cache derrière! Moi, j’ai la gagne avec ça: plus tu m’enfonces, plus je vais remonter. » Je n’aime pas vraiment ce genre de considérations. Il y a des gens qui pensent que l’humiliation est un moteur pour se dépasser et montrer qui on est vraiment, qui pensent que ne pas être traité en égal donne du courage. Moi, j’aspire à l’égalité stricte et à un peu de tranquillité. Même si je pense que les épreuves renforcent, je n’ai pas envie d’oublier qu’il y a des gens qui ne se relèvent pas quand ils tombent, que parfois, il y a une goutte d’eau qui fait exploser le vase. Surtout je ne veux pas considérer que ceux qui craquent sont faibles.

La question de la beauté (et celle de la mocheté) est particulièrement exacerbée à l’adolescence, âge où plaire est crucial, tant pour s’envoyer en l’air et avoir une légitimité en tant que mec/meuf, que pour asseoir son cercle social, celui-ci se devant d’être le plus étendu possible. Le Dr Kpote qui signe chaque mois une chronique dans le magazine sur son métier : la prévention auprès des adolescents dans les établissements scolaires, nous livre dans ce numéro un article qui dresse un bien rude constat: « une fois de plus, l’égalité fille-garçon est un leurre. Le garçon est un BG (beau gosse) en fonction du nombre de ses conquêtes ou de ses relations virtuelles. Les moches, eux, sont donc par défaut, les puceaux ou ceux qui mendient de l’ami sur le Web. Pour les filles, la plastique idéale se limite aux seins gonflés. Et au « boule » (fesses) rebondi. […] Un mec moche peut encore travailler sa tchatche et ses postures pour exister. En revanche, les filles estampillées ‘thon’, appellation qui a curieusement traversé les générations, n’ont définitivement pas le droit de la ramener. » L’herbe n’est pas beaucoup plus verte pour les « bêtes de meufs », elles sont réduites au plus simple objet par les gars, et dénigrée par les autres filles qui leur taillent une réputation de salope. On vit dans un monde mer-veill-eux.

Nous faisons également un petit tour du monde des concours de miss absurdes (si toutefois on considère qu’il y ait des concours de miss qui ne le soit pas) : miss SDF en Belgique, est récompensée celle qui veut vraiment sortir de la rue, miss pregnant (enceinte) au Texas, miss chirurgie esthétique en Hongrie, miss handi France qui jugent aussi les candidates sur leur sens de l’humour… Ça me fait d’ailleurs penser que le titre du dossier, « debout les moches » est un peu maladroit. En effet, les personnes non valides sont largement discriminées et considérées comme moches. Être valide étant une condition sine qua non pour se lancer dans la grande course à la baise qui justifie tous ces jugements esthétiques sur tout un chacun. Il semble évident que l’imaginaire collectif préfère occulter la sexualité des non valides. Ces personnes se situant en quelque sorte en marge du beau et du moche, on ne va quand même pas leur dire qu’ils sont laids en plus, ils ne rentrent pas dans la norme, point. Bref, du coup, « debout les moches », c’est moyen pour tous ceux qui ne peuvent pas se lever, bien que le handicap physique ne se résume pas à ça. Finie l’aparté, reprenons nos concours de miss: miss landmine en Angola, reine de la beauté morale en Arabie saoudite, miss rescapée de la Shoah en Israël, des petites mamie qui défilent dans leurs plus belles robes et les inévitables mini miss. Édifiant!

Comme d’habitude, Causette nous entraîne également sur le terrain de la science avec un article qui raconte comment les pupilles dilatées montreraient l’excitation, et signifieraient une attraction réciproque. Un autre article nous parle de la dysmophophobie, trouble mental, qui consiste en une obsession sur une partie du corps, que l’on voit déformée ou anormale alors qu’elle ne l’est pas. Cela dépasse largement le simple complexe.

Par contre, j’ai du mal a voir l’intérêt de cette petite colonne sur les sex parties p.56. On nous y explique que dans les partouzes tout le monde devient beau « Transfigurées par le désir, les anatomies disparaissent derrière l’appétit qui les transporte. » Maiiiis bien suuuur! C’est évident qu’une fois à poil on est tous égaux, et que la misère sexuelle pour cause de laideur est un mythe. Remarque, ces gens là ne vont pas aux sex parties, peut être qu’ils devraient pour avoir la chance d’être transfigurés. Mais ce n’est pas tout, nous apprenons qu’une fois les corps dénudés « la beauté sociale disparaît » ahahah, no comment. En fait si, comment, déjà le prolétaire de base n’a financièrement pas accès aux sex parties, les banlieusards et autres provinciaux n’y ont pas accès géographiquement. Alors ces orgies se résument à de l’échange de fluides corporels entre parisiens biens lotis, et pouvant donc entretenir leurs corps, exerçant des métiers qui ne ruinent pas physiquement et ne vieillissent pas prématurément, niveau mixité sociale, on repassera. La taille et le poids ne serait plus un critère non plus. Bah voyons. Bref, je trouve ça (au mieux) naïf et j’ai du mal à voir ce que ça vient foutre là.

Et pour finir, l’inévitable papier sur la chirurgie esthétique. Le grand avantage de ce texte est qu’il place la chirurgie esthétique dans un contexte politique et social, là où les autres magazines ne se posent que la question du raté pu réussi, ne tirent que les constats des nouvelles opérations de Madonna, une logique de avant/après en somme. L’article démontre que même si la chirurgie dénote d’une certaine liberté, celle des femmes à disposer de leurs corps, elle créé une nouvelle aliénation sur ces mêmes corps. « Les femmes […] sont prises dans une course effrénée. Course dans laquelle elles doivent arrêter le temps, maintenir l’âge où séduction et sexualité dont encore possibles. […] Elles se pérennisent en tant qu’objet de désir: elles font, tant bien que mal, durer la femme telle qu’elle se doit d’être dans un monde heteronormé raffolant des symboles de la séduction. » L’auteure insiste également sur la dimension économique qu’implique la chirurgie esthétique, les plus riches peuvent se payer des bistouris et matériaux de qualité, pendant que les moins riches sont se contentent de produits au rabais et autres risques sanitaires. « Nous sommes face à une extension progressive du domaine du tout esthétique et capitalisme, qui met, ni plus ni moins, les femmes en situation de risques financiers. »

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Donc, au final, un dossier plutôt intéressant qui aborde assez largement la question de la norme esthétique. Il me semble bien plus fouillé et moins culpabilisant que le dossier sur le gras. Je ne me leurre pas, les gros rentrent bien dans la catégorie des moches, mais ce n’est pas du même ressort. Si le dossier sur les gros était si cruel c’est aussi à cause du mythe fortement répandu selon lequel le gros est un être humain qui se laisse aller et qui n’a aucune volonté. Il est donc responsable de la discrimination qu’il subit comme le souligne d’ailleurs Jean-François Amadieu dans son interview p.54 : « la société considère que les victimes sont responsables de leur situation […]nombreux sont ceux qui pensent qu’on ne peut pas mettre sur le même plan une personne qui a pris quelques kilos et une personne de couleur. Ça concerne surtout les obèses. Or, ils constituent la population principale de ceux qu’on qualifie de moches, car, aujourd’hui, la silhouette est un aspect important de l’idée de beauté, qu’on le veuille ou non. Les obèses représentent environ 15% de la population française, ce n’est pas rien! Quelque soit votre visage ou votre apparence, uniquement sur ce critère là, on va vous tenir pour responsable. » En plus, c’est mauvais pour la santé, alors que le laid est simplement affligé arbitrairement par dame nature. Bref, causette redresse vaguement le tir, ça fait du bien, mais on attend d’en voir un peu plus pour lui pardonner complètement.

« Le VIH ne me concerne pas »… Par Cassidy

L’article dans son contexte d’origine sur le site de Pink Rêverie ici.

« C’est en regardant une expo dans un lieu LGBT sur la prévention face au Sida et aux IST que j’ai réalisé, d’un coup, que j’avais de la chance : je ne suis manifestement pas concernée par les risques d’IST ou de contamination au VIH : en effet, en voyant toutes ces affiches et tous ces visuels, c’était assez impossible de ne pas me dire : «en fait, la prévention et le VIH, ce n’est que pour les personnes minces» (et jeunes, accessoirement, et dans les critères normatifs de beauté, tout ça).

Bon, vous me direz que c’est assez classique comme non-représentation, mais là où je trouve ça particulièrement ironique, c’est que même lorsqu’il s’agit de faire de la visibilisation sur les normes de corps anti-gros·se·s avec une personne qui tient une pancarte «trop gros ?», c’est fait… une personne mince. C’est bien de dénoncer les normes de corps, mais on ne va quand même pas le faire avec quelqu’un de moche (en l’occurrence, avec une vraie butch, un vrai gros, un vrai vieux ou une vrai folle, puisqu’il y avait plusieurs affiches dans cette série), il ne faut pas déconner. »

Allez faire un tour sur son site il a le mérite d’allier les questions de poids, les questions LGBT, transpédégouines et une réflexion politique qui fait du bien.

.L.

Vous pensiez en avoir fini avec les JO? Et bah, non…

Bonjour,

ça faisait un petit moment qu’on s’était pas vus vouzémoi… et pendant ce temps il s’est passé quoi? Les JO. Les JO qu’est-ce que ça fout chez les gros-ses? ça fout les boules !

C’est fatiguant, cette admiration planétaire pour les gens sveltes, élancés qui maîtrisent leurs corps. Cet espèce d’illusion de la santé au pays du dopage, des records toujours battus, les sportif-ves transformés en étendards y compris dans ce qu’il y a de pire. Le sport au nom de la compétition, au nom du nationalisme. On s’excite sur des sports qui ne font bander personne d’habitude (le kayak cette année par exemple) tant qu’il peuvent nous fournir un peu d’assise mondiale, un peu de pouvoir, la grande démonstration de force… Qui remportera le plus de médailles? Quel pays sera le meilleur? C’est l’heure du grand chauvinisme. La beauté du sport.

Entendre ces commentateurs sportifs couiner, crier, parler tellement vite qu’on est juste noyé par un bruit strident nous faisant bien comprendre que c’est un moment de tension, c’est éreintant. C’est le matin quand tu te lèves avec ton réveil branché sur France Inter, quand tu rentres le soir et que ton mec écoute France Info, quand tu regardes le zapping, les infos, quand tu te balade dans la rue, parce qu’il y a des écrans géants aux terrasses des bars. C’est partout; c’est bruyant, c’est abrutissant de cadence verbale et de vacuité du propos.

Un peu de sexisme quand même… Les commentatrices sportives sont clairement minoritaires elles sont présentes là où les femmes sont reconnues (natation) ou dans les sports de femelles (grs, natation synchronisée,…) ceux qui n’intéressent pas les commentateurs beuglants… Les jeux c’est aussi des plans sur les seins ou les fesses des sportives féminines, des petites remarques modérément subtiles des commentateurs. Le fameux beach volley et son maillot de bain réglementé à 7 cm de largeur. Les jeux, c’est les joueuses de badminton qui se battent pour ne pas avoir à porter des jupes pour le plaisir des yeux des spectateurs comme le réclame leur fédération. Les remarques racistes sur les sportives qui veulent porter le voile, la polémique qui enfle, elles n’ont quasiment pas la parole. Comme d’habitude, on parle pour elle leur enlevant tout libre arbitre et libre choix au non du méchant patriarcat d’outre occident qui opprime les femmes (ce sexisme là n’existe pas chez nous, élites éclairées du monde… Qu’entends-je? il y aurait des gros porcs à l’assemblé nationale? inepties). Et puis ça retombe, tant de bruit pour ça? le commentateur a le souffle court, il ne sait que dire, il reste coi et passe à autre chose, tout prêt à hurler qu’il était.  Les jeux c’est aussi l’image du progrès, les avancés, les records battus, pas de place ici pour les cultures jugées d’un autre âge. En revanche, ça, ça ne fait hurler personne à l’intégrisme.

On évite quand même bien soigneusement d’évoquer le léger héritage fasciste des jeux, jusqu’au dérapage du salut nazi dans le public, allez on lui laisse le bénéfice du doute à papy, on va quand même pas se pourrir l’évènement avec des débats politiques, des clivages qui pourraient désunir la grande union mondiale dans la beauté de l’effort.  Mais il faut qu’ « on » ramène plus de médailles que les autres… Et pendant ce temps la Syrie qui crève peut aller se rhabiller, les gouvernements ont la voie libre pour leurs désormais traditionnelles mesures fourbes de l’été, le monde s’arrête de tourner. Au moins pour nous le cul posés sur nos canapés et les infos ne crachant rien d’autre que du JO et de la fierté nationale, le reste du monde peut bien attendre un peu.

Et à mon gras ça lui fait quoi les JO? Ça lui rappelle les cours de sport. Ça lui rappelle François Ageron (allez googleise toi François qu’on rigole un peu) prof de sport en primaire quand j’étais petite, ça le terrifie mon gras, il tremblotte. Ce prof, tu galérais un peu sur la roulade arrière, il te poussait à coup de pied, il avait un petit penchant pour les winners et l’humiliation des autres… un chouette type. A l’heure où le sport à l’école doit plus être courir derrière un ballon pour te dépenser un peu que la course à la victoire et la perspective de peut-être maigrir un peu pour y arriver aussi bien que les autres, lui il en avait rien à foutre c’était compétition à tous les étages et hiérarchisation de classe en plus (il nous a fait acheter des rollers, ceux qui pouvaient pas acheter des rollers? bah ils faisaient autre chose…)

Les JO pour mes bourrelets et moi, c’est le supplice de rester coincée au deuxième nœud de la corde pas moyen d’aller plus haut, on saura jamais si c’est le manque de force, l’incapacité à porter son poids, le regard des autres, le complexe face au type à côté sur la corde lisse qui est déjà tout en haut, ou simplement que comme le prof en a tellement rien à foutre de ta pomme et te pense déjà perdue qu’il ne prend pas la peine de t’expliquer comment faire.

Peut-être que t’es juste convaincue que tu ne peux pas y arriver… tu as 9 ans.

« Manger, bouger » qu’ils nous disent les gens de l’état qui en ont marre de payer des services sociaux pour les obèses qui crèvent de maladies cardiaques, pour les vieux qui mettent trop de temps à mourir, pour les non valides qui ne font vraiment aucun effort, pour ces gros-ses qui ne trouvent pas de boulot parce que discriminés à croire qu’illes ne veulent pas bosser. Bon passons sur le raccourci selon lequel si tu manges un bigmac mais que tu vas courir 3/4 d’heure après c’est comme si t’avais bu un verre d’eau finalement (trop chouette et ça marche aussi pour éliminer la coke?) Le problème c’est la manière dont est considéré le sport, il n’est pas pour soi, mais par rapport aux autres. Dans la comparaison permanente. Pour moi les JO, c’est juste pile ce que ne devrait pas être le sport.

Le sport des JO c’est pas l’effort qui te fait te sentir à l’aise dans tes pompes, la fatigue saine d’après l’effort, celui que tu fais pour toi, pour te sentir bien. Le sport des JO c’est qui sera le meilleur, c’est la concurrence, c’est la maîtrise totale du corps. C’est les gagnants et les perdants. On ne se pose pas la question du plaisir ou de la contrainte des sportifs, on ne se demande pas à quoi ressemblent leurs corps après de tels traitements pendant des années, le sport des JO n’est pas une activité saine, c’est de la performance en barre pour le grand Spectacle.

Pour moi, le sport des JO, c’est la culpabilité devant un modèle dont on sait pertinemment qu’il n’est pas meilleur pour notre santé. Un peu comme la pointe d’envie devant la copine qui ne se nourrit que de potions miracles hyperprotéinées pour maigrir et qui y arrive, comme la tentation du bypass quand on regarde de la junkTV. C’est le moment où l’on nous rappelle à l’impératif de normalisation et de performance que nous impose ce monde. C’est le moment où le corps maîtrisé prend toute sa place, où on peut nous dire  » tu vois si lui il peut faire ça à la télé, pourquoi toi tu peux pas courir 20 min par jour? », c’est le moment où la sacro sainte volonté permet de battre des records (et certainement pas grâce l’air injecté dans le rectum des nageurs ouest-allemands dans les années 80 pour améliorer leur flottabilité), laissant croire à une maîtrise de soi totale. L’objectif inatteignable qui nous rend à la fois dociles et effrénés de consommation de produits miracles.

Et surtout,  c’est ça aussi, c’est le moment de se foutre de la gueule des mous du genou, des empotés, des non performants et dans les non performants qui c’est qui ramasse le plus souvent? Allez… quand on parle de sport, on se fout de la gueule de qui? Des gros! EDF l’a bien compris, cette petite entreprise française qui vous matraque par facture interposée à chaque trimestre, vous savez? Bah, ils ont éclairé les jeux à grand coup de nucléaire français, fierté, et un petit cococrico en passant.

Si tout le monde est ridicule, le plus ridicule restera le gros. Quand bien même tout le monde se sent un peu con, le meilleur moyen de faire oublier sa propre connerie est de taper sur celui d’à côté en le faisant passer pour le plus con selon un critère arbitraire. EDF s’en charge très bien.

Au début on pourrait croire que c’est David et Golum hein? que le petit gros allait gagner un truc à la fin, une peluche mickey, une glace (héhé) ou juste qu’il allait arriver à faire un truc avec classe. Mais non, que diable, le sport des JO c’est le sport où chacun reste à sa place, où les losers restent des losers. Oh yeah… vive EDF! Et comme dirait Gérard Holtz : « Vive le sport. Sur France Télévision ».

A bientôt

.L.

LMSI : « La tyrannie des grosses et le sexisme anti-mec »

Cherchez l’erreur dans le traitement médiatique de l’impératif de minceur.

par Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, 3 février

Comment la question de la minceur est-elle aujourd’hui traitée dans les médias ? Ou plus exactement la question de *l’impératif* de minceur ? Petit éclairage à partir de deux articles : l’un paru sur le site du Nouvel Obs le 27 janvier (et rapidement retiré, à cause des protestations) dans lequel l’auteure se dit « révulsée » par les « grosses », et l’autre sur Rue 89 (récemment racheté par le Nouvel Obs) et titré : « Sur France 2, le poids de Hollande ou le sexisme ordinaire ». D’un côté un billet d’humeur qui prend pour cible une pub mettant en scène une « grosse ». Enfin, regardez le clip, tout est relatif.

Le femme en question est plutôt mignonne, en train de danser, bref apparemment pas mal dans ses baskets. Mais pour la journaliste, c’est insupportable : « Bien que corsetées, contenues par tous les moyens textiles modernes, ses chairs flottent et le résultat me révulse ».

Plus grave, cette « répulsion » se transforme en jugement politique du plus curieux tonneau : derrière ce clip se cacherait une nouvelle tyrannie, celle des rondes, qui ont littéralement mis le monde à l’envers puisqu’elles ont réussi à normaliser leur déviance (un excès de nourriture, rappelle, implacable, la journaliste) et qu’elles ont, inversement, imposé l’idée plus que saugrenue selon laquelle une femme mince, c’est-à-dire « normale » (sic) serait une anorexique ! « Comme si faire attention à sa ligne était une maladie ! ».

Enfin, les rondes, ou les grosses, comme vous voulez, seraient coupables également d’avoir imposé cette autre idée, tout aussi saugrenue : les rondes plairaient davantage aux hommes que « ces brindilles qui les narguent ».

Bref : les normes de beauté qui condamnent les femmes à des régimes à répétition en même temps qu’à la haine de leur corps, tout cela ne serait rien face à ce nouveau «politiquement correct » (qui nous rappelle le nauséabond « racisme anti-blanc »] [1] dont seraient victimes… les femmes « normales, donc minces » ! Et nous voilà rendues, en définitive à l’éternel combat des femmes qui s’entretuent pour plaire à l’Homme, centre de gravité invisible de l’article.

C’est pourquoi, à la lecture de son titre, un article de Rue 89 avait de quoi nous intéresser. En plus, ce n’est pas tous les jours qu’on voit l’expression « sexisme ordinaire » s’étaler en gros dans les médias…

Malheur! L’article de Rue 89 nous impose ce triste constat : le sexisme ne fait les gros titres que quand c’est… un homme qui en est victime ! Car tel est bien le sujet de l’article : le harcèlement infligé à François Hollande par des journalistes qui s’obstinent à l’interroger sur les kilos qu’il a perdus. Un harcèlement bien réel au demeurant : le lamentable acharnement du très droitier Pujadas qui demande au candidat de s’expliquer moralement et politiquement sur sa perte de poids – alors qu’il na jamais adressé le moindre début de questionnement critique lorsque le président Sarkozy s’est mis en scène en excluant du champ de la caméra les personnes de trop grande taille, ce qui pourtant relevait de la manipulation et pouvait être mis en question politiquement, beaucoup plus qu’une perte de poids…

Mais tout de même ! Même si les gros aussi sont stigmatisés, n’est-il pas curieux qu’un des rares articles consacré à l’impératif de minceur porte sur un mec ? Anticipant peut-être un petit malaise, la journaliste nous livre la clef : « Et si le candidat socialiste avait été une femme ? Il n’est pas inutile de relever le sexisme, même quand c’est un homme qui en est la victime. ».

Après la tyrannie des grosses, le sexisme anti-mec : il fallait oser…

P.-S. Article en ligne sur le site du Nouvel Observateur le vendredi 27 janvier 2012, 19:58)

« Cette grosse qui remue me révulse : je ne supporte pas la pub Castaluna »

« En ces temps aseptisés, il convient d’aimer tout le monde et de respecter les différences. Mais là trop, c’est trop… de kilos. Je déteste la pub de Castaluna. Si vous ne l’avez pas vue, vous ne connaissez pas votre bonheur. C’est un clip qui met en scène une femme trop grosse, pardon, bien en chair, ou mieux présentant une surcharge pondérale. Et elle danse. A la limite, elle ne bougerait pas, ce serait encore tolérable. Mais non, elle remue. Et ses formes plus que plantureuses aussi. Bien que corsetées, contenues par tous les moyens textiles modernes, ses chairs flottent et le résultat me révulse. Alors je comprends bien que durant des années, les femmes qui font plus que du 44 ont été rejetées, brimées, moquées, raillées, limite persécutées. Il était temps qu’elles prennent leur revanche, puisqu’elles sont de plus en plus nombreuses. La faute à une alimentation excessive, mais ça chut, il ne faut pas le dire trop fort. Toutefois, de là à imposer sur les écrans une femme qui se donne pratiquement en ridicule, il y a une marge. Certes, il est difficile pour une femme qui pèse plus de 100 kilos de se représenter comment serait, sur elle, une robe présentée par une femme de 40 kilos. Mais les « vraies » femmes, comme elles aiment se faire appeler, ne sont plus vraiment à plaindre. En quelques années, les « rondes » ont réussi à faire passer dans le langage courant qu’une femme normale, mince donc, est une « anorexique ». Comme si faire attention à sa ligne était une maladie. Autre affirmation véhiculée par les défenseurs des autoproclamées « vraies » femmes : elles plairaient davantage aux hommes que ces brindilles qui les narguent. Chacun le répète pour faire plaisir, mais il est battu en brèche chaque jour. Voyez-vous Brad Pitt ou David Beckham au bras de « rondes » ? Non. Dès qu’un homme a le choix, il préfère être vu en compagnie d’une femme mince. Alors, je le sais, c’est très méchant. Mais voilà je n’aime pas cette pub. »

Source (article récupéré avant suppression) : http://www.scoop.it

La vidéo : http://www.terrafemina.com/societe/…

La réaction de la cofondatrice de Castaluna : http://leplus.nouvelobs.com/contrib…

(La pub en question : http://www.youtube.com/watch?v=A37V… ).

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Cet article est issu du site très intéressant, les mots sont importants. Allez y jeter un oeil.

A bientôt !

Causette et son dossier sur la grosseur !

Alors, je sais, j’ai laissé ce Causette prendre la poussière sur une étagère pendant longtemps en voulant écrire quelque chose sur le dossier « voyage en graisse » du mois de juillet. Peut-être étais-je dans le déni…

J’aime plutôt bien Causette, c’est ma coloc qui le ramène et je trouve que ça change et que ça fait du bien sans être non plus trop prise de tête, ça remplit sa mission de magazine féminin sans être bêtifiant. En tant que féministe convaincue je trouve que c’est une bonne manière d’occuper le terrain, que c’est stratégique, que ça donne une certaine visiblité. Bref, ça fait du bien…

D’ailleurs si vous savez pas quoi dire à votre maman et que vous avez encore moins quel cadeau lui faire à Noël je vous suggère un abonnement à Causette. Elle sera contente, c’est original et aussi ça vous donnera des sujets de conversation.

Mais ce dossier… vraiment, je suis déçue.

Déjà c’est un dossier qui parle de la graisse et pas de la grosseur, qui aborde la question d’une manière plutôt désincarnée. Ça pourrait s’expliquer par l’envie de parler un peu théoriquement de ce qu’est la graisse, quel est cet ennemi qu’on nous impose et qu’il faut combattre mais dont ne sait finalement que peu de choses si ce n’est que sa présence est indésirable.

Le choix iconographique est parlant, on nous montre de la viande, pas des corps, non, la viande qu’on mange (ou pas, d’ailleurs)… Un hamburger dégoulinant, du saindoux, un poulet, du gras, une nana qui se lèche les babines pleines de sucre mais avec des petites joues maigrelettes.  C’est rappeler que la graisse c’est le péché de gloutonnerie et aussi que la graisse qui nous travaille tant que ça, celle qui est sur nos corps, n’est pas montrable. Elle a été d’ailleurs joliment évitée pour le dossier sur les fesses d’un numéro précédent où les photos étaient uniquement des nana minces, pas avec des fesses de mannequins mais minces.

Causette ne prend pas la peine de questionner les mots, on parle d’obésité, de « maladie dangereuse », on dit que la 14.5% de la population est « touchée » (p.44) comme si on parlait d’une grippe. Le gros est malade dire que c’est pas de sa faute est toujours moins pire que de le culpabiliser ceci dit, mais il n’enlève pas le rapport normalisant, une maladie se soigne pour devenir une personne « normale ». On ne remet pas en cause les soit disants effets lourds sur la santé. Même si on reconnait que « la gloutonnerie n’est que la partie visible de l’iceberg. […] Nos prédispositions génétiques, l’environnement social, le mode de vie sont autant de facteurs qui se conjuguent pour faire ou non de nous des obèses, auxquels s’ajoutent les polluants et les perturbateurs endocriniens » (p.43), les remises en cause de la vérité des médecins (ou plutôt de ceux auxquels on laisse la parole et qu’on finance allègrement) sont bien maigres…

Même si l’intro de l’article parle de « pression sociale » (p.42) le sujet n’est pas approfondi. Est-ce vraiment un hasard si les gros souffrent des mêmes maladies que les personnes non-blanches. Ne serait-ce pas plutôt les rappels à l’ordre constants et les réprimandes, remarques, le harcèlement, les insultes, la culpabilité, la honte qui seraient la cause de l’hypertension ou des maladies cardiaques???

Le dossier ne dit pas que quand on est gros on ne peut devenir maigres qu’au prix de tortures physiques et mentales permanentes. Il ne dit pas qu’on ne peut pas faire de son corps ce qu’on veut, on ne peut pas devenir plus petit ou plus grand, on ne peux pas changer la couleur de sa peau… et si c’était pareil pour les gros?

Un seul chercheur dans le cadre d’une autre recherche à séparé ses sujets selon qu’ils suivaient un régime ou non. Ce qui veut dire que les problèmes causés par les régimes peuvent être (et sont) attribués faussement à la grosseur. En fait une étude d’une communauté italo-américaine de classe ouvrière (en Pennsylvanie) a prouvé que, dans un milieu où être gros était la norme la fréquence des crises cardiaques était nettement plus basse que la moyenne américaine des personnes minces. Quand les jeunes de cette communauté sont allés dans d’autres milieux où la grosseur était inacceptable et qu’ils ont essayé de s’intégrer en suivant des régimes, la fréquence des crises cardiaques a rapidement augmenté pour atteindre la moyenne américaine des personnes grosses. Les crises cardiaques, la haute pression, sont des maladies reliées au stress. Les grosses vivent d’énormes tensions, tout le temps, à cause de la haine et du ridicule écrasant auxquels elles doivent faire face tous les jours. Nous soumettons notre organisme à un stress énorme en suivant des diètes à répétition.Ce sont ces tensions, pas la grosseur elle-même qui sont la cause principale des maladies des grosses. «  « Grosses, lesbiennes et fières » Judith Stein et Rea Rae Sears in La grosseur : obsessions? Oppression! 1992

Ensuite nous avons article plutôt court sur le G.R.O.S. le Groupe de Réflexion sur l’ Obésité et le Surpoids.

Mais si l’article rappelle que plus de 95% des régimes se soldent par un échec. Le traitement qui en est fait est bien triste on parle de « conviction » des membres du GROS là où dans l’article précédent le ton était à la vérité scientifique. L’accent est mis sur le traumatisme qui pousse à « trop manger » (p.44), les deux citations de ce qui devait être un entretien portent sur cette question. Encore une fois, si on est gros c’est parce qu’on mange trop et si on mange trop c’est parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas, on est déprimé, ils sont à deux doigts de nous expliquer que c’est lié à la mère mais c’est trop tôt ce sera plus tard. Ça ne donne pas très envie de s’accepter telle qu’on est tout ça.

Article suivant : « Où va ma graisse quand elle s’en va? »

Ça a le mérite d’être une question qui n’est jamais posée. C’est un article sur la graisse des liposuccions. On ne parle pas des opérations et mutilations qui sont imposées aux personnes grosses pour les ramener à la norme : brochage de mâchoires, pontages intestinaux, anneaux gastriques et j’en passe et des meilleures.

Non c’est juste une page entière accordée à des anecdotes peu ragoutantes. Un médecin a utilisé la graisse de ses patientes liposucées pour faire rouler son 4×4 et un artiste aurait réalisé une statue avec la graisse de Sylvio Berlusconi… Ça valait bien une page tiens…

Et puis un article sur les fat admirers :

Article qui commence avec une blague à s’en taper le gras par terre « certains aiment les grosses BMW. D’autres préfèrent les BBW, les Big Beautiful Women »… Ah bah, ça c’est sûr que comparer la passion des hommes pour les engins bien carénés à celle qu’ils ont pour les femmes est une nouveauté. On y aurait pas pensé. Après tout pourquoi les grosses seraient épargnées par les blagues sexistes, si elles veulent être aussi baisables que les minces, il faut qu’elles prennent le pack en entier.

Les fat admirers sont rebaptisés dès les premières lignes « pervers de la chair »(p.46). Notons que la perversion est selon le Larousse un « trouble mental poussant le sujet à des actes considérés comme immoraux ou antisociaux » et encore mieux en psychanalyse « terme (sans connotation morale) désignant le remplacement de l’objet ‘normal’ de la pulsion sexuelle par un autre objet (dans les cas de zoophilie ou de pédophilie par exemple).  » S’il n’y a pas de connotation morale on est sauvées.

Voilà pour ce qui est des définitions, désirer une femme grosse est donc du même ordre que de vouloir baiser un dindon. Tout doux, je vois venir le « mais c’est pas du tout ce que je voulais dire, c’était comme ça, je veux dire, j’ai utilisé le sens courant… c’est comme quand on dit pédé ou enculé ou salope…  » Mouais, bah, on peut déblatérer un an sur la portée des mots, un mot à un sens et c’est pas mal d’éviter de se servir des catégories socialement dominées pour en faire des insultes. Ça coute pas grand chose de se renseigner un peu ou de faire attention, surtout quand on ne veut pas blesser.

Bref, trêve de linguistique, Agnès Giard (hop balancée, la fourbe) continue son article sur un ton passablement méprisant. Il semble complètement absurde « d’idolâtrer » des obèses alors que des millions de gens qui fantasment sur les femmes minces, sur la minceur photoshop, sur des corps ne pouvant même pas exister, ça relève du désir sain, pas de l’idôlatrie.

Là n’est pas le problème, les corps qui n’existent pas valent toujours mieux que ceux qui ne devraient pas exister, qui devraient être renvoyés aux placards de l’histoire. Elle explique sans gêne aucune que pour les fat admirers « la femme idéale est une Vénus paléolithique, une beauté-losange à l’abdomen, aux hanches, aux seins et à la vulve outrageusement développés »(p46). Outrageusement… je vous laisse méditer là dessus, ainsi que sur l’aspect paléolithique du corps des gros. La grosse est-elle plus proche du singe ou de l’espèce humaine on se demande des fois.

Bref, on nous explique à grand renforts d’images censées être dégoutantes que ce qu’aiment les FA ce sont les plis, le gras. On fait aussi parler une spécialiste, Katharine Gates,  dont le livre s’intitule Deviant Desires, (déviant? méditons…), un « ouvrage consacré aux fantasmes délirants » (p.46). Aimer les grosses est donc au mieux une blague, au pire une folie, quoiqu’il en soit un « délire ».

Personne ne se dit que c’est peut-être à cause de ce genre d’article qu’il est si dur d’assumer d’aimer les grosses. Pourtant il y avait un indice « A en croire l’association nationale pour l’acceptation des obèses (NAAFA), 10 à 15% des Américains préfèreraient avoir une épouse ou une petite copine bien enrobée, mais se sentiraient très embarrassés d’être vue en sa compagnie ». Mais pourquoi se remettre en question quand on se fait porte voix des dominants avec la bonne conscience des gens sains ?

Les références à la déesse mère font légion… Si les grosses sont grosses c’est parce qu’elles mangent de la graisse saturée agro-alimentaire pétro-chimique à la petite cuillère, mais… elles sont aussi la mère nature, gaïa, la déesse mère… Petit paradoxe mais si encore il n’y avait que ça.  « Il se peut que le sexe avec les obèses rappelle des souvenirs très anciens : les bébés têtent des seins qui proportionnellement, font la taille de collines nourricières. »(p.47) La maman, la voilà enfin, c’est freudien tout ça. Je vous avais bien dit que les gens qui supportent leur gras ou celui des autres ont un problème psychanalytique.

Les exemples choisis pour représenter les fantasmes sont caricaturaux, on parle d’hommes perdus et enveloppés dans les plis de leur partenaire (je ne parlerais même pas du présupposé de l’évidence de  l’hétérosexualité). On parle de vidéo X dans lesquelles des femmes suivent des régimes grossissant. Mais on en parle pas n’importe comment, il est impensable de vouloir être grosse, de se préférer ainsi: « certaines vidéos s’intitulent d’ailleurs ‘growing’ et montrent des femmes suivre un régime grossissant avec une bonne humeur quasi insupportable à voir ». L’insupportable bonne humeur? encore un sujet à moult réflexions.

Où sont juste les hommes qui trouvent ça joli et agréable à toucher, qui n’aiment pas les sacs d’os. Est-ce que je dois vraiment tourner un film où je ferai faire à mes seins deux fois le tour de la tête de mon amoureux, tout en mangeant de la chantilly à même la bombe et agitant la graisse sous les bras pour qu’elle tremble? Est-ce que je dois vraiment faire tout ça pour satisfaire sa perversion? Est-ce que c’est si absurde de se dire que juste il m’aime et qu’il me trouve jolie?

Je dois vraiment avoir ce problème psychologique des grosses. Me croire acceptable…

Un vague espoir vite déçu avec la conclusion: « Pourquoi ne gardent-ils pas le contrôle [les obèses]? s’offusque-t-on. Comme s’il fallait en matière de désir, toujours tout garder sous contrôle. […]Les obèses sont ‘obscènes’ disent [les FA], car elles affichent spectaculairement leurs formes et surtout leurs envies. Pour eux, les obèses ne pas des êtres souffrant de diabète, d’hypertension, de cholestérol ou d’inflammations articulaires, ce sont des héros du désordre et de l’anarchie sexuelle. Des monstres sacrés sacrifiés sur l’autel du moralement correct. » (p.47) Elle parle d’elle même et enfin, le mot est lâché : « monstre », « sacré » certes mais monstre quand même…

Notons que ces grosses femmes qu’aiment les FA dans l’article sont appelées 14 fois des « obèses », 2 fois des « grosses », et 3 fois des « femmes ». Où sont donc les Big Beautiful Women qui font rêver les FA? Elles ont disparu sous le mépris de l’auteure et de la spécialiste en déviance, elles ne sont plus des femmes, elles sont malades…

Me voilà écoeurée de tant de schématisme et de bien pensence. Les grosses sont malades, pour les désirer il faut être malade aussi, pervers même. La norme n’a pas besoin d’être amenée sur le tapis puisqu’on parle de personnes malades.

J’ai envie de parler de Self Acceptance, d’aimer nos corps tels qu’ils sont, des filles qui se battent chaque jour pour garder un peu d’estime de soi, j’ai envie de parler des multitudes de supports qui se développent pour parler de la grosseur et en faire une fierté ou au moins quelque chose qui ne soit pas méprisable et méprisé, j’ai envie de parler des gens qui luttent contre la discrimination des gros au travail, contre les préjugés, contre les augmentations de primes d’assurances aux USA. J’ai envie de parler de meufs qui s’assument.

Y’a eu un numéro de BIBA sur la grosseur y’a un an ou deux, qui étai mieux foutu que ça, merde… qui donnait plus envie de s’aimer un peu, qui disait qu’on pouvait être grosse et désirable, même si dans ce genre de magazine c’est l’unique but du corps féminin, attirer le désir. Mais même si c’est réducteur ça disait qu’on peut s’aimer et être aimée. Pas qu’on est un objet de science à disséquer pour pouvoir le soigner, et qui doit se cacher en attendant.

Je suis grosse, je n’ai pas de problème de santé, si ce n’est un problème de peau récurrent et … lié au stress.

Foutez nous la paix. Ne parlez pas de nous, si c’est pour parler à notre place, décider de ce qu’on peut faire ou non, de ce qu’on peut montrer ou non, de ce que les autres peuvent ressentir à notre vue. Ne parlez pas de nous, si ce n’est pas pour même essayer de nous faire du bien. C’est assez dur comme ça de continuer à s’estimer un tant soit peu quand tout n’est que rappel à l’ordre. Votre ordre on n’en veut pas, surtout pas venant d’un magazine qui se dit féministe qui plaide pour que les femmes soit considérées à leur propre valeur. Toutes les femmes, j’étais pas sûre d’y croire, maintenant permettez moi d’en douter.

Oui, je me sens comme cette image qui illustre ce dernier article, comme de la viande, nue, dégueu, écartelée, les entrailles à l’air.

Je pensais qu’être féministe ça voulait aussi dire ne pas donner aux femmes une image dégradante d’elles mêmes.

.L.