« La guerre des fesses – Minceur, rondeurs et beauté » Jean-Claude Kaufmann

Jean-Claude Kaufmann vous vous rappelez ? On en a déjà parlé Il a sorti il y a quelques mois un livre intitulé La guerre des fesses – Minceur, rondeurs et beauté1, un nouvel opus donc pour ce sociologue qui a déjà beaucoup écrit sur le corps. Les livres traitant des questions des normes de beauté et du corps sont toujours intéressants. Toujours, parce qu’il en existe si peu en français que je me jette dessus comme la misère sur le pauvre monde. Les paroles divergentes au discours dominant qui incite toujours plus au contrôle et à la minceur sont si rares qu’elles sont précieuses. Le livre parle des fesses, mais comment parler de nos derrières sans parler gras et rapport au corps en général ? C’est plutôt cet axe là, celui du corps tout entier, que j’ai privilégié pour cet article, mais l’analyse fessière du livre est aussi très intéressante. Un livre facile à lire, captivant, même si quelques bémols sont à apporter. Analyse, critiques et extraits… C’est parti !

La fesse, l’inaccessible étoile :


Dans un monde où le corps « est désormais central pour constituer l’estime de soi »2, l’idéal de beauté se module à l’infini afin d’être une préoccupation sempiternelle pour les femmes (et de plus en plus pour les hommes). Cette attention constante est un des outils de deux systèmes savamment imbriqués : le patriarcat et le capitalisme.

Le livre traite assez clairement à travers la thématique du séant de l’éternelle insatisfaction des femmes par rapport à leur corps, de leur soumission perpétuelle à l’évaluation et au regard des autres. Aucune n’est satisfaite par ses fesses, celles qui les ont grosses les voudraient minces et inversement. De plus, l’idéal est mouvant en fonction des constructions et représentations sociales de chacune. Jean-Claude Kaufmann met notamment en avant la répartition de l’idéal fessier en fonction de l’axe nord/sud. Globalement, la fesse doit être petite au nord et plus rebondie au sud avec évidemment quelques variations culturelles au sein de ce découpage. Il rappelle à juste titre que « le corps est aussi modelé par les civilisations. Chaque tradition définit une mode alimentaire, des exercices physiques et des techniques particulières, qui travaillent les organismes, dans le court terme et sur la durée historique.[…] Ainsi, de génération en génération, le modèle s’imprima-t-il dans les chairs. On ne dira jamais assez à quel point l’idéal de beauté est capable de s’imposer à la biologie. »3

Tous les moyens sont bons pour se rapprocher de la norme. Il nous livre une liste impressionnante de témoignages et de méthodes plus ou moins tolérées par le corps médical pour influer sur la forme des fesses : prothèses, injection de graisses, suppositoires de bouillons cubes Maggi (et les idées ont du génie ? Vraiment ? ), se frotter, se masser, se pincer… La preuve est faite qu’aujourd’hui nous ne sommes pas si loin des  »remèdes » d’antan : cures de vinaigre, ingestion de pilules de savon censées diluer le gras, électrochocs, implantation d’extrait de testicules de singe… Jean-Claude Kaufmann a également récemment posté un article sur son blog concernant une fausse chirurgienne esthétique qui injectait un mélange de colle et de ciment dans les fesses de ses « patientes ». L’une d’entre elles en est morte.

 

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Un regard historique :

 

Comme d’autres avant lui4, Jean-Claude Kaufmann déroule le fil de l’histoire quant aux normes physiques prédominantes. Histoire, pour qui la minceur n’est qu’une norme récente. En effet, jusqu’à la fin du XIXème siècle, la norme à atteindre était celle de la rondeur des corps. On pouvait assister à « la glorification des corps plantureux dans les sociétés caractérisés par la rareté alimentaire où le stockage des graisses dans le corps était souvent vu comme un principe de survie et une marque de puissance.»5 A l’époque comme aujourd’hui, la forme du corps était un outil de distinction sociale. Sauf que la supériorité est désormais à la minceur.

Il est intéressant de lire l’influence de la religion notamment celle de la religion chrétienne sur la normalisation des corps. L’auteur explique alors que « depuis les premières sectes chrétiennes, deux courants idéologiques se mélangent. Une vision universaliste, qui part de la société telle qu’elle est, et s’enracine dans son temps; accepter les hommes tels qu’ils sont, d’abord les aimer. Et une autre vision, tournée passionnément vers une idéal céleste de pureté absolue, qui pousse à s’arracher à toutes les médiocrités et pesanteurs d’ici bas.»6 Cette seconde théorie est très bien illustrée par les exemples des saintes jeûneuses et de l’ascèse7.

A la fin du XIXème, la minceur commence à apparaître, mais d’abord en pointillés : « seules certaines parties du corps sont visées : la nuque,  »les attaches » (chevilles et poignets), les mains et surtout la taille »8. Et c’est avec l’avènement du corset et de la taille fine que les fesses vont s’affirmer, d’ailleurs les postiches pour augmenter leur volume se multiplient. Les formes restent synonymes de puissance, mais l’argument de la santé commence à avoir cours. Les excès des banquets laissent la place à la modération. « Trop de grosseur ne saurait être bonne pour la santé. Et surtout, trop de grosseur révélerait une faiblesse de caractère. »9

La nourriture n’est plus un bien rare, les puissants n’ont plus intérêt à se démarquer par leurs physiques opulents. C’est l’avènement de l’ère du contrôle alimentaire et également le début de la stigmatisation du trop gros. « La stigmatisation va ensuite se déchaîner, suspectant le gros, non seulement de langueur, non seulement de défaut de modernité, mais surtout d’incapacité de maîtrise de soi, à l’époque du sujet-roi ». Ça me fait d’ailleurs penser que c’est à la même période que le théâtre dit populaire se développe. Un bien belle intention au départ, la démocratisation de la culture, tout ça, tout ça. Sauf que la société bourgeoise y trouve vite son compte, le vide de son sens et de sa potentialité subversive et amorce la société de loisir. L’argument principal du développement de la culture pour tous est toujours présent : en façade la démocratisation. Mais le but est surtout de contenir les pauvres et de les protéger de leurs penchants  »naturels » : le jeu et l’alcool. Ces pauvres qui ne savent pas se maîtriser ni résister à la tentation, c’est quand même gênant. Bref, je ne vais pas réécrire mon mémoire mais la coïncidence est troublante.

Le modèle de la minceur est donc celui qui subsiste « A partir des années 1960, l’engrenage vertueux minceur/distinction est définitivement mis en place. Les statistiques montrent qu’après cette date, plus les femmes s’élèvent sur l’échelle sociale, plus elles sont minces. »10 La silhouette est donc bien un marqueur de classe sociale.

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D’une norme physique à une norme comportementale :


Grâce à son étude précédente sur le rapport au corps des femmes sur la plage 11, Jean-Claude Kaufmann nous explique bien en quoi la norme physique induit une norme comportementale. « la référence à la beauté permettait de définir ce qui était normal, de forger des règles de comportement. Une norme c’est ce qui est considéré comme normal, et le normal ça se fabrique socialement, sans cesse. Sur la plage, la beauté est donc le principe organisateur de normes. Plus une femme s’en rapproche, plus sa liberté de mouvement est grande : elle peut faire vraiment ce qu’elle veut. Au contraire : plus une femme s’en éloigne, plus la liste de ce qu’elle peut faire se réduit, plus elle se retrouve sous un contrôle appuyé des regards alentour »12

Assez paradoxalement, son étude a également démontré qu’en matière de topless, les filles aux seins  »trop beaux » devaient elles aussi se voir restreintes dans leur liberté sous peine d’être jugées provocatrices. Il faut être normale, dans la norme, pas plus, pas moins.

Bien sûr, ce qui transparaît de tout ça c’est la soumission constante aux regards, et surtout la conscience et la projection de ces regards, de ces jugements qui vont déterminer ce qu’on s’autorise ou pas. La question est de savoir si l’on va oser s’imposer au regard des autres, les affubler de notre présence a normale.

Notre comportement est influencé aussi dans les privilèges que procurent la beauté (voir extrait à la fin de l’article). En effet, pour accéder à ses privilèges pour avoir une prise sur notre futur avoir plus de portes ouvertes, nous modelons notre corps, nous lui accordons du temps et de l’argent pour forger notre destin13. « La distinction par l’ultraminceur, en affichant une capacité de contrôle absolu de ses envies. A l’inverse de l’obèse, le sujet ultramince apparaît ultramaître de son existence. Ce n’est bien sûr qu’une vue de l’esprit, le contrôle de l’alimentation n’étant qu’une infime partie de la maîtrise existentielle »14

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Une responsabilité collective :

 

L’argument de la santé est celui qui légitime le culte de la minceur, qui lui donne une validité sociale, morale et politique. Les médecins en sont donc le relais. Comme le dit Jean-Claude Kaufmann, on ne peut pas tant leur en vouloir d’avoir prescrit tout et n’importe quoi pour faire mincir : « on ne peut pas demander à la science de savoir plus que le savoir de son époque […]. Mais ils portent une part de responsabilité dans le simple fait d’avoir fait leur travail. »15. Certains y ont, toutefois, mis plus de cœur que d’autres. Tout comme aujourd’hui certains se contentent des avertissements d’usage et prennent en charge leur patient alors que d’autres détruisent le corps de leurs  »adeptes » avec des remèdes miracles ou des régimes fulgurants, hier comme aujourd’hui les charlatans guettent l’opportunité de se remplir les poches.

Cela fait longtemps que le complexe médico-pharmaceutique et l’industrie de la mode travaillent main dans la main. Le tout englué dans des injonctions médiatiques toujours plus fortes. « Le gros n’est pas simplement lourd, laid, pas distingué. Il est aussi cet être méprisé en sourdine car jugé incapable de maîtriser son existence. Cela fait beaucoup ne trouvez-vous pas ? La machine folle qui a installé la minceur en norme centrale de la discrimination sociale et psychologique est d’une efficacité redoutable. Et d’une cruauté inouïe. »16

Mais la pression médicale et médiatique ne sont pas les seuls relais de cette stigmatisation. Et c’est là un argument inédit et plutôt intéressant, la responsabilité est collective. Pas seulement dans le regard que nous portons sur nous même et sur les autres, mais aussi dans nos actes qui font de nous des rouages de cette machine folle. « Tout le monde ou presque porte désormais sa part de responsabilité. Si je fais un petit régime avant l’été, juste pour perdre deux modestes kilos, je participe moi aussi sans le vouloir à la machine folle. En incitant d’autres à faire comme moi, en stigmatisant d’avantage ceux qui ne le font pas. Certes, tout le monde n’est pas responsable au même degré. »17  Nous sommes tous partiellement responsables, et l’auteur ne se prive pas de dénoncer quelques entités ayant un poids important dans l’engrenage de ce qu’il appelle « la machine folle » : le milieu de la mode, le poids de la religion catholique notamment.

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Bémols :

 

On peut toutefois regretter qu’une bonne partie de l’analyse de l’auteur aie pour support les forums sur internet. Même si la démarche est justifiée, internet est le lieu où l’on trouve le plus de témoignages en la matière, c’est souvent redondant. Il est vrai cependant que l’anonymat généré par l’interposition de l’écran permet une plus grande liberté de parole, c’est donc une source à ne pas négliger. L’auteur se base également beaucoup sur ses travaux précédents, notamment une étude faite sur la plage concernant la pratique ou non du topless. Certes, il existe peu de sources sur la question du rapport au corps, surtout en France, mais un référence plus courte aurait suffit. On sent une certaine suffisance où l’on aurait voulu que certains points du livre soient approfondis ou que certains écueils soient évités.

Grosse critique en revanche sur le chapitre 5 de l’ouvrage « Ce qu’en pensent les hommes »18. Il est d’un hétérosexime entendu et malheureux. Certes, nous vivons dans un monde hétérosexiste qui montre l’hétérosexualité comme seul modèle. Les femmes seraient donc entièrement sujettes aux regards des hommes et agiraient en conséquence. Certes, c’est le modèle dominant, médiatiquement en tout cas. Sauf, qu’il existe des homosexuels femmes ou hommes qui se projettent selon d’autres codes qu’il aurait été intéressant d’aborder. Certaines lesbiennes ne se considèrent pas comme des femmes19 et ne se définissent pas selon le prisme du patriarcat ou de l’hétérosexisme ambiant. Jean-Claude Kaufmann aurait pu traiter de cela ou de la particularité de la communauté Bear dans le milieu gay par exemple. Au lieu de ça, on se retrouve avec un chapitre quelque peu schématique qui plombe le livre. Même si j’ai envie de lui laisser le bénéfice du doute, on note également que quelques passages sont proches de la misogynie :

« Quand les hommes disent qu’une femme est belle, ils le pensent vraiment, même si le parcours qui mène à cette beauté est un peu complexe. Les femmes ont d’ailleurs très bien compris ce mécanisme. Et elles en jouent depuis la nuit des temps. Robes fendues ou autres corsages plongeants sont des armes classiques et bien connues pour attirer le regard des hommes, non sur ces  »appâts » […]. Non. Vers beaucoup plus haut que cela, vers leur personne en elle-même, vers leur beauté et rien d’autre. Les femmes savent très bien tout cela. Elles ne cessent pourtant de l’oublier un peu, de le refouler, d’attiser le chaland sans réaliser ce que cela provoque chez les hommes. Surtout quand un mode vestimentaire accentue la portée des gestes. Si la minijupe est tendance, il devient normal de s’habiller ainsi, tout le monde le fait. Les hommes découvrent malgré tout (sans s’en plaindre) que cela découvre très haut les cuisses. Il y a donc à l’évidence un léger malentendu, un décalage manifeste. »20

C’est dommage de céder à l’essentialisme et à autant de clichés sociaux dans un chapitre qui, aussi hétérocentré soit-il, vise à démontrer que le regard que portent les femmes sur elles-mêmes et sur les autres femmes est trop dur, et que malgré la pression sociale et médiatique, la beauté n’est pas aussi archétypique qu’elle ne le semble de prime abord. C’est décevant de la part d’un sociologue de ne pas mentionner que ces attitudes, celle de la proie, celle du chasseur, sont socialement construites par une société patriarcale, certes millénaire, mais pas naturelle pour autant. Les stéréotypes sont flagrants, la femme joue avec inconséquence et l’homme bien élevé tente de contenir ses pulsions sexuelles créant ainsi un malentendu.

Sauf que l’argument du malentendu et de la pulsion sont ceux qui légitiment trop souvent le viol. Ils violent à cause d’une minijupe, ou d’une attitude, s’ils daignent s’excuser c’est parce qu’il n’avaient pas compris qu’elles n’étaient pas d’accord, c’était un malentendu. Non, ils violent parce qu’il existe une culture du viol et une culture patriarcale, socialement construite, légitimée politiquement, médiatiquement et intellectuellement pendant des siècles. Et là, Mr Kaufmann, la pente est glissante. Et oui « les femmes acceptent mal ces regards »21 parce que leurs corps leurs appartiennent ainsi que le regard qu’elles portent sur celui-ci. Ce regard ne devrait pas leur être confisqué et celui des hommes ne devrait pas se poser comme un calque biaisant leur regard sur elles-mêmes que ce calque crée l’envie ou la crainte. Porter une mini-jupe pour plaire quitte à être mal à l’aise, rêver de porter une mini jupe mais ne pas le faire pour ne pas risquer de se faire emmerder dans la rue. Il n’y a pas d’attraction-répulsion dans l’agression qu’elle soit physique ou verbale, comme il n’y a pas d’attraction-répulsion dans le fait de se voir confisquer son regard sur soi. Si une tel chose existe c’est le fait d’une société malade, hiérarchisée et oppressante pour les femmes.

L’hétérosexisme et ce passage douteux sont les seules critiques que j’ai à formuler. Cela reste un ouvrage intéressant, que je recommande. Il est facile à lire c’est une approche simple et efficace quant aux questions du corps et de regard sur soi. De plus, la spécificité des fesses lui offre un angle inédit et les analyses tirées y sont, le plus souvent, pertinentes.

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Conclusions :

 

Même si l’objet de ce livre est pour le moins restreint, les fesses, il n’en est pas moins capital dans l’appréhension de l’influence des normes de beauté sur nos corps et nos personnalités. La fesse est le résumé de tout le reste et est en même temps la focale principale de la majorité des femmes sur leurs corps. La fesse est l’incarnation du discours schizophrénique sur nos corps. Si ce livre m’a autant intéressée c’est bien sûr parce que la fesse est le lieu du gras, de la nécessité de la courbe et de la minceur : c’est le lieu du paradoxe total. La fesse peut être souhaitée rebondie, pulpeuse ou inexistante, mais dans aucun cas elle ne doit être molle. La culotte de cheval jugée saillante au XIXe n’est plus tolérée. La fesse montre les changements d’époque, démontre la mouvance de la norme. Ce que l’on retient clairement du rapport à la fesse c’est qu’il est source d’attention et d’insatisfaction permanentes, et que tout pointe vers une volonté de plus de contrôle de son corps, quitte à se fixer des objectifs inaccessibles, à ne jamais se laisser tranquille et à souffrir. Quitte à déplacer l’idéal toujours plus loin quand on s’approche du but. « La fesse idéale n’existe pas. Chaque époque essaie de dessiner des canons de beauté, qui en réalité sont très instables et provisoires. L’idéal du moment est vite remplacé par un autre. De plus, ces canons ne se réfèrent absolument pas à la beauté, ce sont des normes sociales et rien de plus. La société a certes besoin de normes pour construire le vivre ensemble, il nous faut un langage commun pour pouvoir échanger. Mais la beauté n’a rien à voir avec cela, la beauté est quelque chose de complètement différent. La beauté est dans le regard de celui qui sait la voir. »22

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  • Extrait :

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Notes et références :

1Jean-Claude Kaufmann, La guerre des fesses – Minceur, rondeurs et beauté, JC Lattès, 2013, 16€ , toutes les citations sont extraites du livre.

2p.13

3p.36-37

4Notamment Georges Vigarello, Les Métamorphoses du gras : histoire de l’obésité du Moyen Âge au XXe siècle, Éditions du Seuil, coll. « L’univers historique », 2010

5p.51

6p.53-54

7p.168

8p.59

9p.63

10p.67

11Jean-Claude Kaufmann, Corps de femmes, regards d’hommes. Sociologie des seins nus, Nathan, 1995

12p.76

13p.147

14p.150

15p. 70

16p. 72

17p.152

18p.93 à 114

19Monique WITTIG La Pensée straight, Balland « Le Rayon » 1992

20p.113 c’est moi qui souligne

21p.113

22p.233

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Chine, le pays qui n’aime pas les gros

Un sujet de l’effet papillon concernant le « traitement » de l’obésité en Chine. Le seul bémol de cette émission,pourtant très intéressante, est qu’ils traitent de sujets internationaux, souvent présentés comme exotiques alors qu’on retrouve des problématiques similaires en France ce serait le cas pour ce sujet. La discrimination à l’embauche, la stigmatisation et le culte de la minceur existent ici aussi. Ce ne sont pas des traits particuliers à la culture chinoise. On regrette que le parallèle ne soit pas fait.

La revue de presse de Dame Simone

J’ai pas eu trop le temps de vous faire part de mes lectures de presse, ces derniers temps, je vais essayer de me rattraper. Tout n’est pas d’une fraîcheur extraordinaire.

Les enfants sont toujours plus surveillés, rappelés à l’ordre et stigmatisés par rapport au « surpoids » :

– En Floride, on envoie des lettres aux parents des enfants dits en surpoids, même quand les enfants sont minces ont une activité physique régulière. Le seul outil d’évaluation pour déterminer si les enfants sont ou non en surpoids  est encore une fois l’IMC, cette mesure est non seulement régulièrement réévaluée de manière arbitraire par les médecins de l’OMS (systématiquement favorisant la maigreur soit dit en passant), mais elle n’est pas fiable : elle ne prends pas en compte la différence entre la masse graisseuse et la masse musculaire. Ces lettres ne sont pas des outils pédagogiques à destination des enfants, elles sont culpabilisantes et stigmatisantes, les enfants subissent déjà bien assez de brimades et de moqueries de la part de leurs camarades, de leurs professeurs et de leurs familles comme ça. On pourrait penser que c’est alors à destination des parents,  mais l’obésité infantile étant majoritairement due à la malbouffe et touchant particulièrement les familles pauvres, ces mêmes familles n’ont pas le choix dans ce qu’ils donnent à leurs enfants à manger, ni dans les activités sportives que ces derniers peuvent pratiquer, il faudrait être stupide pour croire que cela pourrait avoir un effet… Cela revient alors à culpabiliser un peu plus des personnes impuissantes. Magnifique !

– « Les enfants de la campagne qui gambadent en forêt, alors que ceux de la ville restent avachis devant la télévision: un cliché qui a la vie dure. Mais une étude de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich vient le contredire. » Les petits rats des villes seraient moins dodus que les petits rats des champs. Les causes de cette disparité ? Encore une fois l’origine économique des enfants : les bourgeois qui étaient partis se « ressourcer » à la campagne, reviennent désormais en ville, et ce, avec leurs marmots. Ces enfants sont moins touchés par les désastres de l’industrie agroalimentaire et sont donc moins gros. Autre cliché brisé par cette étude, les filles sont moins touchées par l’obésité que les garçons. On pense souvent les filles moins actives que les garçons qui auraient besoin de se dépenser, de courir… Bref, les petites filles seraient plus sédentaires et donc plus suspectes quant aux kilos qui s’incrustent. C’est évidemment une construction sociale. Tout comme le mythe selon lequel les femmes auraient besoin d’un apport calorique moindre que celui des hommes et celui qu’un peu de ventre est signe de robustesse chez un homme et mais de laisser aller chez une femme. Sans même parler de la binarité affligeante de ce genre de discours… Quoiqu’il en soit les conclusions de l’étude sont bien tristes, si les filles sont moins touchées que les garçons c’est parce que les parents sont plus attentifs à leurs comportements alimentaires et à leurs allures qu’à celle des petits garçons… Le contrôle du corps des filles pour une mise à disposition du regard des hommes commence jeune.

– Michele Obama est partie en croisade contre l’obésité des enfants, avec Quenn B comme vaillant petit soldat, la ville de New York fait sécession (pas mal le jeu de mots sur les état unis). Pour lutter contre la pression imposée aux petites filles en matière d’esthétique, que ce soit par les concours de mini miss ou par l’apologie de la maigreur, New York a tourné un clip qui promeut la beauté intérieure.

Une très belle initiative, on en manque. Surtout de la part des pouvoirs publics, qui la plupart du temps culpabilisent les jeunes. Mais il faut voir les choses dans leur globalité. Les sanctions contre le complexe mode beauté et l’industrie agroalimentaire se font attendre, le discours est donc profondément contradictoire. C’est très bien, mais on se demande si ce n’est pas pour se donner bonne conscience.

Une étude américaine a décortiqué les films pour enfants démontrant qu’ils induisent un mauvais comportement alimentaire : sodas, fast food… mais aussi qu’il répercutaient une vision grossophobe des enfants : « près de 70 % des films stigmatiseraient le surpoids des personnages »

Le petit oiseau va sortir! :

Les réseaux sociaux sont à la fois le lieu idéal du déversement de la haine contre les gros, les moches, les dominés toutes catégories : femmes, personnes racisées, travailleuses du sexe, homosexuels, transsexuels, et autres a-normaux. L’anonymat, le prétexte de l’humour et le culte du moins de 140 signes favorisent les sentences lapidaires et discriminatoires en tout genre. De plus, les dominants ou ceux qui veulent dominer prétendent briser le tabou du politiquement correct d’un soit disant ordre bien pensant qui interdirait de dire quelques « vérités » pourtant rabâchées à longueurs de journaux télévisés et d’éditos fumeux. Belle escroquerie intellectuelle !

– Dans un premier temps un groupe facebook questionne les internautes sur l’éventuelle commercialisation d’une barbie ronde afin de mieux coller à la réalité.

Les réactions ne se sont pas faites attendre. D’abord il faut noter que même si le principe peut être bardé de bonnes intentions, la barbie grosse reprend tous les clichés de la grosseur et est quelque peu ridicule. Je vous passe tous les commentaires purement méchants et ignorants. Lisez donc cet article du site Ma Grande Taille

– Après le Slut shaming, phénomène de mode qui consiste à harceler et insulter les femmes qui vivent une sexualité et assument leur sexualité ou tout simplement qui sont perçues comme des salopes, bref la misogynie en action, voici le Fat shaming. Un site internet de cromagnons américains a même lancé la FatShamingWeek sur twitter. Ce site titre des articles comme « les  raisons d’humilier une sale grosse lors d’un rencard » ou « pourquoi les grosses n’ont pas le droit à l’amour? ». Tout un programme.

Mais bonne nouvelle, les réseaux sociaux permettent aussi de rassembler des personnes minorisées et isolées, et même si c’est une forme de mobilisation artificielle et peu probante en terme d’avancées politiques, elle permet de faire exister et de construire un discours, de relayer des témoignages…

– En réponse à la tristement célèbre fatshamingweek est né le hashtag FatMicroagression. Le but est de répertorier toutes les petites brimades du quotidien subies par les gros. C’est déjà ça !

Du coté de la science :

– Les études qui ne vont pas uniquement dans le sens de l’industrie de la santé, industrie qui a tout intérêt à nous vendre des médicaments et à nous forcer à nous faire maigrir, ne sont pas légions. Normal, elles ne sont pas financées, elles n’aboutissent pas sur des millions de bénéfices pour les actionnaires, et sont à contre courant des politiques publiques. Sauf que récemment, des chercheurs ont démontré par une études comparative que les gros ne sont pas en plus mauvaise santé que les minces. Bien entendu en même temps est sortie une autre étude qui montre qu’on ne peut pas être gros et en bonne santé, car même si on a un corps dans lequel tout est au beau fixe, il reste un risque… OUAOUH!

– Autre coup porté à l’industrie du contrôle du corps et des régimes : compter les calories ne sert à rien. Un scientifique à récemment pondu un papier sur l’inefficacité de cette technique qui rend fou. Mais pourquoi ? on savait déjà que le nombre de calories absorbées et dépensées dépendait de l’activité physique pratiquée, il ajoute que les personnes ne les synthétisent tout simplement pas de la même manière. En plus, les données nutritionnelles sur les étiquettes ne sont pas à jour et la cuisson des aliments peut modifier leur apport calorique.

 

– A Honfleur, un médecin comparait pour avoir donnée une association médicamenteuse interdite car dangereuse à ses patiente en vue de les faire maigrir. La science à tout pouvoir, les gros peuvent crever en silence, la justice s’en fout. Il a été relaxé. Il ne s’agirait pas de créer un précédent qui pourrait faire raquer l’industrie du médicament ou les médecins gourous à la botte des laboratoires. C’est la crise ma bonne dame !

Discriminations en tous genres :

– Les compagnies aériennes sont sans pitié envers les gros, régulièrement, ils les obligent à acheter deux places pour pouvoir voyager. Plutôt que de faire des sièges confortables et accessibles à tous, ils préfèrent nous faire payer double tarifs. Sans parler du prix de l’humiliation. Mais un passager fait remarquer que ces places sont régulièrement attribuées à l’opposé l’un de l’autre. Si on avait un doute sur les raisons d’un tel système…

– Dans la série ça plane  pour moi : les médias français ont relayé pour une fois un cas de grossophobie dans les transports aériens. La même compagnie British Airways qui a pourtant assuré le voyage aller de Kévin aux Etats Unis refuse de le ramener chez lui, invoquant des raisons de sécurité. Une autre compagnie aérienne accepte de le prendre en charge. Puis Eurostar refuse le lui faire traverser la Manche. Mais une compagnie de ferrys finira par le ramener chez lui. Kévin a toutefois mentionné que son voyage s’était déroulé dans des conditions de confort déplorables et douloureuses, malgré la générosité des concurrents de British Airways et d’Eurostar qui ont du flairer le coup de pub. Kévin souffre d’un dérèglement hormonal, cause de son obésité. Je ne suis pas sûre que l’histoire ait fait autant de bruit et ait suscité autant de solidarité (même strictement commerciale) si il avait été tout simplement gros, un gros normal, donc volontairement gros.

– Un Sud Américain à failli perdre son visa en Nouvelle Zélande parce qu’il était trop gros. Son poids ne lui permettant pas d’avoir un niveau acceptable de santé nécessaire pour rester dans le pays où il réside depuis 6 ans. L’inquiétude du pays étant qu’il fasse appel à son système de santé. Il a finalement pu rester chez lui, mais il devra payer de sa poche ses dépenses de santé. Mais comment prouver que les problèmes cardiaques d’un homme de 50, 60, 70 ans ne sont liés qu’à son poids? Mystère…

– Les opérations de testing dans les entreprises pour déceler les cas beaucoup trop fréquent pourtant de discrimination à l’embauche sont rares. C’est pourtant ce type d’initiative qu’à pris la MEF du Cotentin. Morale de l’histoire : les femmes sont discriminées au profit des hommes, des fois qu’elles tombent enceinte ou aient un chiard qui vomit les salopes… Elles ont 2 fois moins de chances que les hommes d’être sélectionnées pour un entretien. Les vieux, prêts à claquer à tout instant ou pas prêts à garder leur job 40 ans de plus au pays où la mobilité professionnelle est plébiscité partout, ont, eux, 2 fois moins de chances d’être convoqués, et une femme en surpoids à 71% de chance de moins qu’un homme mince d’être reçu. Pour un homme en surpoids c’est seulement 6.6% de chance en moins. Assez étonnamment l’étude montre que les critères d’origine et de handicap, même s’ils entrent en compte ont moins d’impact : 25% de chances en moins avec un nom d’origine africaine et 35% avec la mention travailleur handicapé sur le CV.

Dans la série sadisme et autres tortures  :

– 47% des 2000 anglaises interrogées ont déclaré prendre des laxatifs pour maigrir rapidement, même si elles savent que c’est inefficace sur le long terme et mauvais pour leur santé.

– Moins dangereux pour la santé mais tout aussi fou… Le spray malodorant pour maigrir ! A vaporiser dans votre cuisine pour vous dégoûter quand vous vous approchez en douce d’un placard pour piquer un gâteau.

Obésité, soutien-gorge, diététique, régime

– Microsoft, toujours prêt à gagner un peu plus de pognon est sur le point de commercialiser un soutien gorge qui ferait maigrir. Oui, oui… Comment? en surveillant le rythme cardiaque et en avertissant la porteuse de son niveau de stress. Elle est ainsi prévenue que le risque de grignotage est imminent. Les créateurs de l’engin ont même spécifié qu’ils y avait aussi pensé pour les hommes, mais (oh surprise!) leurs sous vêtements sont trop loin de leur coeur (sic!).

– Après le régime vers solitaire, le régime soupe au chou, le régime hyper protéiné qui bouffe le foie et les reins des patients/cobayes, le régime étouffe toi avec du coton et/ou du savon. Ce qui est génial c’est que c’est encore une fois, la presse féminine ici, Marie Claire,, qui dénonce les dérives de la vague sur laquelle elle surfe, la même presse qui cale une nouvelle formule magique pour maigrir en s’affamant à presque chaque numéro. Que penser? que ce genre d’article est quand même bénéfique par ce qu’il a un discours qui dénonce? Ou perd-il tout intérêt voire devient-il dangereux au vu du contexte dans lequel il officie? Si les injonctions à longueur de pages sont de vénérer la maigreur, comment ce genre d’article peut-être perçu autrement que comme une fiche technique pour atteindre ce but? Pourquoi ne pas plutôt changer le format des mannequins? Ou faire paraître ce genre de témoignage?

-Une nouvelle opération chirurgicale pour maigrir ! L’endobarrière est un sac plastique qui est disposé dans l’intestin du patient/cobaye et qui lui évite de digérer tous les aliments qu’il ingère. Après le brochage des machoires, le plus simple pour ne plus manger, le raccourcissement de l’intestin, le plus simple pour ne plus digérer, et la réduction de l’estomac à la taille d’un pot de yaourt, le plus simple pour ne presque plus manger, voici le sac poubelle intégré. Oh yeah ! Voyons le côté positif, puisque certains vont être tenté, ou poussés par leur médecin, c’est non invasif et réversible. Par contre quelques questions susistent : « Comme pour tout geste médical, il peut y avoir des risques de complications comme des ulcères de l’estomac, ou des hémorragies ou encore, moins grave mais pouvant être très handicapantes, de fortes nausées. Autre question : une fois le dispositif retiré que se passe-t-il pour le patient ? On sait très bien aujourd’hui que les patients obèses ne mangent pas car ils sont goinfres, mais car il existe un dérèglement du tissus adipeux et que les messages envoyés par le cerveau sont parfois brouillés. »

Au pays des peoples :

– Jessica Alba prône le régime corset. Personne ne lui  a reproché son éventuelle influence sur des femmes moins aisées financièrement et entourées médicalement qu’elle, femmes qui pourraient vouloir faire comme elle. Non, son discours est simplement vu comme une nouvelle folie de star, comme une bizarrerie et non comme un appel à l’automutilation. Si demain, Marylin Manson parle du plaisir que lui procure la scarification, j’aimerais bien voir ce qu’il se passerait.

– Ceci dit les régimes de stars plus dangereux les uns que les autres était déjà dénoncés par la presse en 1929.

-Jennifer Lawrence, qui a cartonné avec Hunger Games, prens régulièrement position contre les pressions à la minceurs dont elle subit les conséquences. Elle a affirmé à plusieurs reprises ne pas vouloir faire de régime et surtout elle parle de toutes les fois où on lui a dit qu’elle était grosse. Malgré un physique plutôt « normal », voire mince selon moi, elle est perçue comme « ronde » par les magazine féminins. Elle prend désormais la défense des gros en condamnant les insultes qui leurs sont faites.

Rosie Hutington : mannequin pour Burberry a fait le buzz. Elle a refusé de suivre un régime qui ne consistait qu’à manger un seul sushi par jour. Elle est opposée par les magazines à Naomi Campbell qui, au même moment, affirme s’affamer avant les défiler. Mais, les filles ayant un rapport équilibré à la nourriture dans ce milieu sont clairement minoritaires. Vu la pression que subissent les mannequins, devons nous vraiment les blâmer pour leurs comportements ? Ne peut on pas voir un peu plus loin pour une fois?

– Pendant ce temps de vraies grosses parlent de la grosseur et refusent de suivre des régimes. J’ai nommé, Melissa Mc Carthy et Rebel Wilson. Bien que sous employées, ou plutôt sur employées dans le rôle de la grosse rigolote, elles sont régulièrement à l’affiche de films et de séries télé. Elles se serrent les coudes et elles ont même fait un pacte pour ne pas faire de régime.

Rebel Wilson and Melissa McCarthy - 2013 MTV Movie Awards Show

– Enfin ! une association de femmes rondes, porte plainte contre Karl Lagarfeld qui a fait de l’insulte envers les gros sa marque de fabrique. Désormais il est invité dans les médias presque qu’exclusivement en l’attente d’un de ces fameux « dérapages ». Il s’offre une légitimité en répétant partout que lui, il a perdu 30 kilos. Elles ont même lancé une pétition en ligne.

A la prochaine !

Emissions de radio sur la grosseur, Lilith Martine et les autres

L’émission de radio féministe lyonnaise Lilith, Martine et les autres, a fait il y a quelques temps déjà (mais le charme de ce blog, avouez, c’est qu’il a toujours un petit wagon de retard), deux émissions sur la grosseur.

La première partie est dédiée au discours médical et scientifique sur la grosseur et sur les représentations sociales que cela induit pour les grosses. Elles citent plein d’études qui vont à contre courant de ce qu’on entend régulièrement sur la grosseur. Elles rappellent aussi que c’est plus dangereux d’être maigre que grosse même si c’est socialement beaucoup mieux accepté.

Elles en profitent pour démonter les clichés sur la suralimentation et la sédentarité supposée des grosses.

La deuxième partie analyse la construction sociale de la grosseur, ainsi que la manière dont le culte de la minceur formate nos perceptions et rapports aux grosses. Elles citent de nombreuses démarches militantes et artistiques, dont ce blog (oh yeah!), qui visent à déconstruire les représentations sociales de la grosseur, mais aussi à mettre les corps gros sur un pied d’égalité avec les fameux Autres.

La Grosseur Partie 1
La Grosseur Partie 2

Lilith, Martine et les autres c’est une semaine sur deux (l’autre semaine c’est On n’est pas des cadeaux, émission transpédégouine et féministe) le vendredi de 17 à 18h sur radio canut 102.2 ou là http://www.radiocanut.org/ ou  là http://blogs.radiocanut.org/lilithmartineetlesautres

« Le VIH ne me concerne pas »… Par Cassidy

L’article dans son contexte d’origine sur le site de Pink Rêverie ici.

« C’est en regardant une expo dans un lieu LGBT sur la prévention face au Sida et aux IST que j’ai réalisé, d’un coup, que j’avais de la chance : je ne suis manifestement pas concernée par les risques d’IST ou de contamination au VIH : en effet, en voyant toutes ces affiches et tous ces visuels, c’était assez impossible de ne pas me dire : «en fait, la prévention et le VIH, ce n’est que pour les personnes minces» (et jeunes, accessoirement, et dans les critères normatifs de beauté, tout ça).

Bon, vous me direz que c’est assez classique comme non-représentation, mais là où je trouve ça particulièrement ironique, c’est que même lorsqu’il s’agit de faire de la visibilisation sur les normes de corps anti-gros·se·s avec une personne qui tient une pancarte «trop gros ?», c’est fait… une personne mince. C’est bien de dénoncer les normes de corps, mais on ne va quand même pas le faire avec quelqu’un de moche (en l’occurrence, avec une vraie butch, un vrai gros, un vrai vieux ou une vrai folle, puisqu’il y avait plusieurs affiches dans cette série), il ne faut pas déconner. »

Allez faire un tour sur son site il a le mérite d’allier les questions de poids, les questions LGBT, transpédégouines et une réflexion politique qui fait du bien.

.L.

A lire en passant, Top 5 des régimes les plus cons

Madmoizelle c’est un magazine féminin en ligne, ça parle des trucs de fille, fringues, maquillage… mais pas que.

Heureusement.

Y’a aussi des trucs drôles qu’on ne trouve pas dans la presse féminine d’habitude. Et aussi pas mal d’articles sur les normes physique, un dossier « nique les complexes » avec des témoignages de toutes sortes par exemple.

De temps en temps je vais y faire un tour et pour l’instant pas trop de déceptions.

Un article en passant :

 

Top 5 des régimes les plus cons

Pondu par Annelise le 20 juillet 2012

Niveau régime, il existe à peu près tout et surtout n’importe quoi. Histoire d’éviter à chacune une indigestion de soupe au chou, c’est l’heure de régler leur compte aux conseils minceur les plus étranges et surtout, les plus inefficaces.

Soyons franches deux minutes : qui n’a jamais été tentée par un de ces régimes qui paraissent complètement farfelus mais qui promettent 3 kilos de moins en une semaine ? Pratiquement personne. L’aspect rapidité du truc séduit généralement tout le monde, parce que 3 jours de banane semblent plus faciles à tenir qu’une année de réequilibrage dans son alimentation. Dans tous ces régimes qui fleurissent comme l’acné sur le visage d’un adolescent, certains sont complètement cons et même… dangereux ! Petit recap des régimes à ne surtout pas tenter.

1 – Le régime Dukan

> Le con-cept : Sur le papier, franchement le régime Dukan ferait rêver n’importe quelle amatrice de bidoche. Ce régime consiste à tout miser sur les protéines : après une période très courte où tes journée se résument à manger des protéines, tu alternes ensuite un jour sur deux entre protéines pures et protéines/légumes. En gros, tes repas sont rythmés par le son de la poêle qui crépite pour ton steak haché quotidien et ta ration de fromage blanc. Une fois ton poids désiré perdu, tu dois continuer À VIE à avaler, une fois par semaine, des protéines toute la journée. Bonne ambiance.

> Pourquoi c’est con ? Parce que si les premiers jours sont faciles (manger de la viande à volonté, on a connu pire comme méthode), il n’empêche que Dukan finit bien souvent par te bousiller l’appétit. Celles qui doivent le tenir sur beaucoup de temps finissent généralement par avoir les surimis en horreur. Niveau santé, Dukan peut dire ce qu’il veut, je ne suis pas certaine que d’avaler ces déchets de la mer roulés dans du paprika fluo te fasse échapper au cancer du colon. Enfin, manger autant de viande ça te met un sacré coup de fusil dans le porte monnaie….

2 – Le régime pot de bébés

Top 5 des régimes les plus cons petitspots

> Le con-cept : manger oui, mais dans un pot de bébé ! Mais si, vous savez, ces délicats petits pots de purées lisses qu’on sert aux mômes qui ne sont pas encore capable de mâchouiller une entrecôte et des frites. Pour suivre ce régime, tu dois donc te nourrir exclusivement de pots pour les bébés. La clef du succès ? La purée remplit bien l’estomac, les petits pots regroupent tous les nutriments nécessaires à ta survie et en plus, ça fait des économies de vaisselle.

> Pourquoi c’est con ? Je veux bien qu’on prenne de la purée concentrée sur Koh-Lanta pour éviter de bouffer Denis Brogniart mais en dehors de cette situation, bof. Déjà que de se retrouver nez à nez avec un pot pour le dej’ c’est pas l’extase visuelle, mais si en plus il faut l’avaler en poussant des cris de plaisir histoire de se dire qu’on a bien mangé, non merci. Quitte à s’avaler une purée carotte/semoule, autant se faire 3 carottes dans un simili-couscous. Ce régime est à réserver à ta grand-mère qui n’a plus tous ses chicots, mais laisse tomber et prends une vraie fourchette, merci.

3 – Le régime fourchette

> Le con-cept : manger tout ce que tu veux mais attention, ça ne doit être mangeable qu’avec une fourchette. Exit donc les couteaux, les cuillères, les baguettes… Si tu ne peux pas le manger avec une fourchette, c’est mort ! Apparemment, le fait de manger avec seulement une fourchette te pousserait à t’auto-réguler et donc à manger moins de calories.

> Pourquoi c’est con ? Parce qu’on peut manger beaucoup de merdes avec une fourchette. Un Snickers planté dans une fourchette quand tu crèves la dalle, c’est tout à fait possible. Un kilo de salade de pâtes à la fourchette ? C’est possible aussi. Je ne connais pas encore la fourchette qui replie ses dents pour t’empêcher de manger au bout de 300 calories avalées. Qui sait, ils l’inventeront peut-être un jour ! (J’espère que vous m’aiderez à obtenir des sous pour vol d’idée).

4 – Le régime soupe au chou

Top 5 des régimes les plus cons soupeauxchoux

> Le con-cept : pendant quelques jours, la soupe au chou est l’unique chose que l’on a le droit d’avaler à l’heure des repas. Évidemment, ta soupe au chou se doit d’être bien light : pas de saucisses, pas de beurre pour faire un bon bouillon, rien. Juste des légumes et du bouillon de base. L’idéal est de tenir une petite semaine, histoire de bien débarrasser ton corps de son gras.

> Pourquoi c’est con ? Après seulement deux jours de soupe au chou, tu observes plusieurs effets secondaires étranges. De une, tu passes désormais ta vie aux toilettes puisque la soupe au chou possède cette délicate fonction de te récurer les intestins au kärcher. De deux, tu pètes un câble et fini par faire les cris de La Denrée. Effet numéro trois, petit bonus pour celles qui y passent la semaine complète : tu crèves tellement la dalle que tu finis par attaquer ton chou cru à pleines dents en poussant des râles de bête sauvage. Sexy beast.

5 – Le régime préhistoire

> Le con-cept : tu connais un homme de cro-magnon obèse ? Moi non plus. Bah attends, c’est plutôt logique non ? Le mammouth n’était pas une viande particulièrement grasse et la baie sauvage n’est pas très calorique non plus. Résultat, il faut revenir à cet état et donc ne manger que des fruits sauvages (baies diverses et variées), pas mal de viande, et pas de produits industriels comme les pâtes ou encore les gnocchis, ces enfants de Satan.

> Pourquoi c’est con ? Parce que si les hommes de cro-magnon étaient sveltes, c’est peut-être aussi parce que leurs conditions de vie n’étaient pas très folichonnes. Chasser le mammouth des heures durant et ramasser un panier de baies pour la journée, c’était déjà pas mal. Si on veut aller plus loin dans ce type de régime, on peut tester la soupe de bouillon clair avec deux trois glands comme au Moyen Âge (perte au niveau des cuisses garantie), ou bien le régime guerre mondiale avec seulement quelques pommes de terre par jour. Sus à la modernité !

À la rédac, pour vous aider, on a donc aussi inventé quelques régimes :

Top 5 des régimes les plus cons pruneauxbolo

  • Le régime corporel : au lieu de gaspiller les richesses alimentaires de ce monde, tu peux t’auto-manger pour créer une alimentation à circuit fermé. En gros, tu manges tes petites peaux mortes et tes croûtes. Voilà, ne remercie pas celle qui y a pensé (je ne balancerai pas son nom).

  • Le régime pruneaux : aussi avalé aussitôt ressorti, pour être bien sûre que les calories n’ont pas le temps de se loger dans ton corps.

  • Le régime bolognaise : de la bolognaise à tous les repas, what else ? Je promets une perte de poids d’environ 6 kilos au bout d’un mois. Vous ne serez pas déçues.

N’hésitez pas à aller sur leur site, en plus y’a des quizz trop cools, ça change des tests qui nous disent quel jour de juillet on va trouver l’amour.

.L.

Lettre à ma gynécologue

Alors voilà, j’ai un problème avec les gynécos elles me font peur, je trouve les examens désagréables et je n’aime pas me retrouver nue devant une inconnue quand bien même elle est là pour mon bien. J’ai lu il y a quelques temps cet article sur la nudité lors de ces consultations, je trouve les conclusions de ce bonhomme rassurantes mais partagées par trop peu de médecins. Bref, je n’arrive pas à me fidéliser à une gynéco, parce qu’il n’y en a jusque là aucune qui soit arrivé à me rassurer, du coup, mon angoisse grandi, cercle vicieux…

Mais j’ai des petits problèmes gynécos que j’arrive pas à régler. Je suppose que le fait que j’aille voir à chaque fois une personne différente et que je repousse à chaque fois les rendez vous au maximum n’aide pas, mais bon…

Bref,  j’ai aussi décidé de ne plus me laisser faire par les médecins qui me font chier avec mon poids. Alors j’ai décidé de répondre, si c’est possible sur le coup, là, c’était pas possible, alors je me suis fendue d’un petit courrier. Je ne pense pas que ce genre d’action soit efficace en soit, mais si on est plein à leur faire remarquer que c’est aussi à cause de leur manque de tact que les personnes grosses vont moins chez le médecin que les personnes normées, peut-être ils finiront par comprendre.

Il y en a marre de repartir honteuse, et triste, de ne pas pouvoir avoir confiance en son médecin, ne n’être perçue que comme un bout de gras, de les voir vouloir à tout prix réparer nos corps parfois aux dépends de notre état psychologique, de notre acceptation de nous même.

Donc j’ai écrit à cette personne cette douce missive :

Madame,

J’ai eu rendez vous avec vous le … . Je me permets de vous écrire pour vous signifier certaines choses que je n’ai pas eu le temps de dire pendant la consultation, ou que je n’arrivais pas à formuler sur le coup.

Je vous ai dit clairement que j’avais peur des consultations gynécologiques, d’autant plus que celle-ci s’annonçait douloureuse. Non seulement vous n’avez pas pris la peine de relever ma remarque, mais une fois nue, dans une position désagréable, lors d’un examen douloureux qui m’angoissait, vous me posez des questions sur mon poids, sujet qui n’est pas pour mettre à l’aise et évoquez les risques cardio-vasculaire, ce qui n’est pas pour rassurer. Rassurez vous, je connaît très bien ces risques tant on me les a répétés.

L’examen me fait souffrir, mais cela ne semble pas être votre priorité, vous me demandez alors si je mange entre les repas. Je réponds que non, pas particulièrement, mais vous me reposez la question deux fois et je fournis toujours la même réponse.

Vous m’avez ensuite prescrit une nouvelle pilule, sans me dire pourquoi je devais en changer, les seules questions que vous m’avez posée sont de savoir si j’avais des sécheresses vaginales et si ma pilule précédente me donnait faim. Par contre si je fume ou non ne semblait pas vous inquiéter.

Alors, que les choses soient claires une bonne fois pour toutes : je ne mange pas entre les repas, ou pas souvent, je ne mange pas plus, pas moins que quelqu’un d’autre et je ne mange ni mieux, ni moins bien qu’une personne qui ne recevrait aucune réflexion sur son poids de la part des médecins, de sa famille ou des passants dans la rue.

J’ai effectivement décidé d’arrêter les régimes désastreux et dangereux pour ma santé et de ne pas m’affamer pour rentrer dans les courbes de poids dites normales. Mais ce n’est pas pour autant que je fais n’importe quoi.

Toutes ces questions et surtout le manque de tact avec lequel elles ont été posées n’ont pas aidé à me rassurer vis à vis des examens gynécologiques, elles ont également pris beaucoup de temps sur la consultation. Si bien, que vous sembliez pressée d’en finir. Vous avez certes, répondu à mes questions, mais succinctement et tellement rapidement que je n’ai pas pu retenir le nom de l’infection que vous m’aviez diagnostiquée, ce qui serait pourtant utile pour mon suivi.  Je n’ai également pas compris à quoi servaient les médicaments que vous m’avez prescrits. J’avais par ailleurs prévu de vous poser d’autres questions sur ma contraception, mais je n’ai pas pu. J’estime que pour 53€ les 20 minutes dont 30€ de ma poche, ce n’est pas trop demandé que d’être rassurée, bien traitée et que l’on réponde à mes questions. D’autant plus vu les les délais pour obtenir un rendez vous et le prix des consultations.

Je tiens également à porter votre attention sur deux autres points :

– Vous m’avez fait un frottis sans m’avertir à l’avance que j’allais recevoir une facture pour ce prélèvement et devoir avancer les frais. Mes finances ne me le permettent pas vraiment. Si j’avais eu le choix, je serai allée en laboratoire et j’aurais pu bénéficier du tiers payant.

– Vous avez supposé d’emblée que j’avais un seul partenaire, que j’avais des rapports sexuels sans préservatif, et que ce partenaire était un homme. Vous avez diagnostiqué une MST, m’avez demander de traiter mon partenaire, mais vous ne m’avez pas indiqué si je dois prévenir d’éventuels autres partenaires, ni si cette infection peut se transmettre malgré l’usage d’un préservatif. J’ai de nombreuses amies lesbiennes qui ne sont pas suivies gynécologiquement parce que les médecins les supposent trop souvent hétérosexuelles et qu’ils n’ont aucune connaissance de leurs pratiques sexuelles.

Pour ma part, je ne consulterai plus votre cabinet, j’irais trainer mon angoise des gynécologues ailleurs. Je suivrais mon traitement, mais si mes problèmes persistent, je ne vous demanderais pas de rendez vous pour une échographie de contrôle et je n’effectuerai pas le suivi chez vous.

Si je vous écris aujourd’hui, c’est certes pour vous signifier mon mécontentement, mais aussi en espérant que cela vous servira ainsi qu’à vos futures patientes.

Cordialement,

.L.