Leçon de savoir-vivre sur Internet par une jeune femme Sikh – Madmoizelle

Sur Reddit, une jeune femme Sikh a répondu à des moqueries lui étant adressées, et ça a créé un touchant phénomène de respect et de politesse.

Lorsqu’un utilisateur de Reddit, répondant au doux nom d’european_douchebag (connard européen), a posté la photo d’une jeune femme Sikh, prénommé Balpreet, accompagnée du commentaire « Je ne sais pas quoi en conclure… » il ne se doutait sûrement pas de ce que ça allait engendrer.

Quand les amis de Balpreet sont tombés sur cette photo, ils l’ont immédiatement mise au courant de sa célébrité accidentelle – et plutôt que de péter un câble, de pleurer dans son coin ou de contacter le FBI, elle a décidé de répondre directement au post d’european_douchebag.

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Je suis grosse et je vous emmerde – suck my kaiju

Déjà le quatrième article, et toujours pas de gros cul ? Il est temps de remédier à ça. Le thème du jour étant la grossophobie, je vous invite à relire d’abord la politique que j’applique sur ce blog quant à la modération des commentaires.

Cet article est en deux parties : une première (longue) sur mon parcours/l’environnement grossophobe dans lequel j’ai vécu et comment j’essaye de m’en défaire à titre de témoignage, et une deuxième (plus courte) avec quelques « conseils » à l’adresse des gros et des moins gros (les guillemets sont importants, je ne tiens pas à dicter une conduite à adopter, juste donner quelques pistes si besoin)

Cet article sera illustré par les peinture de Susan Ruiter et se conclura sur une planche de Maya Kern.

(TW en tout genre : grossophobie, maltraitance, violence, harcèlement)

Je n’ai aucun souvenir de moi mince. Je pense que je ne l’ai jamais été à vrai dire. Dans ma famille, il n’y a pas de « disposition naturelle » à être gros, je suis la seule à avoir ce physique. Je ne suis pas certaine que cela m’ait dérangé jusqu’à ce qu’on me force à avoir conscience que je n’étais pas normale. Je n’avais pas honte d’être en maillot de bain, ou en robe ou de faire du sport.

Il y avait des remarques. Je me souviendrais toujours de ce Halloween, où je suis partie en quête de bonbons avec mes amies, en primaire. Une vieille dame nous a demandé à chacune de dire en quoi nous étions déguisées, et elle m’a appelée « la p’tite grosse ». A l’époque, je n’avais pas trouvé ça très gentil et mes amies n’ont pas relevé. Puis il y a eu le moment où j’ai compris pourquoi j’étais choisie dans les derniers en sport, pour faire les équipes (alors que j’ai toujours été très sportive et dynamique)..

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« La guerre des fesses – Minceur, rondeurs et beauté » Jean-Claude Kaufmann

Jean-Claude Kaufmann vous vous rappelez ? On en a déjà parlé Il a sorti il y a quelques mois un livre intitulé La guerre des fesses – Minceur, rondeurs et beauté1, un nouvel opus donc pour ce sociologue qui a déjà beaucoup écrit sur le corps. Les livres traitant des questions des normes de beauté et du corps sont toujours intéressants. Toujours, parce qu’il en existe si peu en français que je me jette dessus comme la misère sur le pauvre monde. Les paroles divergentes au discours dominant qui incite toujours plus au contrôle et à la minceur sont si rares qu’elles sont précieuses. Le livre parle des fesses, mais comment parler de nos derrières sans parler gras et rapport au corps en général ? C’est plutôt cet axe là, celui du corps tout entier, que j’ai privilégié pour cet article, mais l’analyse fessière du livre est aussi très intéressante. Un livre facile à lire, captivant, même si quelques bémols sont à apporter. Analyse, critiques et extraits… C’est parti !

La fesse, l’inaccessible étoile :


Dans un monde où le corps « est désormais central pour constituer l’estime de soi »2, l’idéal de beauté se module à l’infini afin d’être une préoccupation sempiternelle pour les femmes (et de plus en plus pour les hommes). Cette attention constante est un des outils de deux systèmes savamment imbriqués : le patriarcat et le capitalisme.

Le livre traite assez clairement à travers la thématique du séant de l’éternelle insatisfaction des femmes par rapport à leur corps, de leur soumission perpétuelle à l’évaluation et au regard des autres. Aucune n’est satisfaite par ses fesses, celles qui les ont grosses les voudraient minces et inversement. De plus, l’idéal est mouvant en fonction des constructions et représentations sociales de chacune. Jean-Claude Kaufmann met notamment en avant la répartition de l’idéal fessier en fonction de l’axe nord/sud. Globalement, la fesse doit être petite au nord et plus rebondie au sud avec évidemment quelques variations culturelles au sein de ce découpage. Il rappelle à juste titre que « le corps est aussi modelé par les civilisations. Chaque tradition définit une mode alimentaire, des exercices physiques et des techniques particulières, qui travaillent les organismes, dans le court terme et sur la durée historique.[…] Ainsi, de génération en génération, le modèle s’imprima-t-il dans les chairs. On ne dira jamais assez à quel point l’idéal de beauté est capable de s’imposer à la biologie. »3

Tous les moyens sont bons pour se rapprocher de la norme. Il nous livre une liste impressionnante de témoignages et de méthodes plus ou moins tolérées par le corps médical pour influer sur la forme des fesses : prothèses, injection de graisses, suppositoires de bouillons cubes Maggi (et les idées ont du génie ? Vraiment ? ), se frotter, se masser, se pincer… La preuve est faite qu’aujourd’hui nous ne sommes pas si loin des  »remèdes » d’antan : cures de vinaigre, ingestion de pilules de savon censées diluer le gras, électrochocs, implantation d’extrait de testicules de singe… Jean-Claude Kaufmann a également récemment posté un article sur son blog concernant une fausse chirurgienne esthétique qui injectait un mélange de colle et de ciment dans les fesses de ses « patientes ». L’une d’entre elles en est morte.

 

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Un regard historique :

 

Comme d’autres avant lui4, Jean-Claude Kaufmann déroule le fil de l’histoire quant aux normes physiques prédominantes. Histoire, pour qui la minceur n’est qu’une norme récente. En effet, jusqu’à la fin du XIXème siècle, la norme à atteindre était celle de la rondeur des corps. On pouvait assister à « la glorification des corps plantureux dans les sociétés caractérisés par la rareté alimentaire où le stockage des graisses dans le corps était souvent vu comme un principe de survie et une marque de puissance.»5 A l’époque comme aujourd’hui, la forme du corps était un outil de distinction sociale. Sauf que la supériorité est désormais à la minceur.

Il est intéressant de lire l’influence de la religion notamment celle de la religion chrétienne sur la normalisation des corps. L’auteur explique alors que « depuis les premières sectes chrétiennes, deux courants idéologiques se mélangent. Une vision universaliste, qui part de la société telle qu’elle est, et s’enracine dans son temps; accepter les hommes tels qu’ils sont, d’abord les aimer. Et une autre vision, tournée passionnément vers une idéal céleste de pureté absolue, qui pousse à s’arracher à toutes les médiocrités et pesanteurs d’ici bas.»6 Cette seconde théorie est très bien illustrée par les exemples des saintes jeûneuses et de l’ascèse7.

A la fin du XIXème, la minceur commence à apparaître, mais d’abord en pointillés : « seules certaines parties du corps sont visées : la nuque,  »les attaches » (chevilles et poignets), les mains et surtout la taille »8. Et c’est avec l’avènement du corset et de la taille fine que les fesses vont s’affirmer, d’ailleurs les postiches pour augmenter leur volume se multiplient. Les formes restent synonymes de puissance, mais l’argument de la santé commence à avoir cours. Les excès des banquets laissent la place à la modération. « Trop de grosseur ne saurait être bonne pour la santé. Et surtout, trop de grosseur révélerait une faiblesse de caractère. »9

La nourriture n’est plus un bien rare, les puissants n’ont plus intérêt à se démarquer par leurs physiques opulents. C’est l’avènement de l’ère du contrôle alimentaire et également le début de la stigmatisation du trop gros. « La stigmatisation va ensuite se déchaîner, suspectant le gros, non seulement de langueur, non seulement de défaut de modernité, mais surtout d’incapacité de maîtrise de soi, à l’époque du sujet-roi ». Ça me fait d’ailleurs penser que c’est à la même période que le théâtre dit populaire se développe. Un bien belle intention au départ, la démocratisation de la culture, tout ça, tout ça. Sauf que la société bourgeoise y trouve vite son compte, le vide de son sens et de sa potentialité subversive et amorce la société de loisir. L’argument principal du développement de la culture pour tous est toujours présent : en façade la démocratisation. Mais le but est surtout de contenir les pauvres et de les protéger de leurs penchants  »naturels » : le jeu et l’alcool. Ces pauvres qui ne savent pas se maîtriser ni résister à la tentation, c’est quand même gênant. Bref, je ne vais pas réécrire mon mémoire mais la coïncidence est troublante.

Le modèle de la minceur est donc celui qui subsiste « A partir des années 1960, l’engrenage vertueux minceur/distinction est définitivement mis en place. Les statistiques montrent qu’après cette date, plus les femmes s’élèvent sur l’échelle sociale, plus elles sont minces. »10 La silhouette est donc bien un marqueur de classe sociale.

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D’une norme physique à une norme comportementale :


Grâce à son étude précédente sur le rapport au corps des femmes sur la plage 11, Jean-Claude Kaufmann nous explique bien en quoi la norme physique induit une norme comportementale. « la référence à la beauté permettait de définir ce qui était normal, de forger des règles de comportement. Une norme c’est ce qui est considéré comme normal, et le normal ça se fabrique socialement, sans cesse. Sur la plage, la beauté est donc le principe organisateur de normes. Plus une femme s’en rapproche, plus sa liberté de mouvement est grande : elle peut faire vraiment ce qu’elle veut. Au contraire : plus une femme s’en éloigne, plus la liste de ce qu’elle peut faire se réduit, plus elle se retrouve sous un contrôle appuyé des regards alentour »12

Assez paradoxalement, son étude a également démontré qu’en matière de topless, les filles aux seins  »trop beaux » devaient elles aussi se voir restreintes dans leur liberté sous peine d’être jugées provocatrices. Il faut être normale, dans la norme, pas plus, pas moins.

Bien sûr, ce qui transparaît de tout ça c’est la soumission constante aux regards, et surtout la conscience et la projection de ces regards, de ces jugements qui vont déterminer ce qu’on s’autorise ou pas. La question est de savoir si l’on va oser s’imposer au regard des autres, les affubler de notre présence a normale.

Notre comportement est influencé aussi dans les privilèges que procurent la beauté (voir extrait à la fin de l’article). En effet, pour accéder à ses privilèges pour avoir une prise sur notre futur avoir plus de portes ouvertes, nous modelons notre corps, nous lui accordons du temps et de l’argent pour forger notre destin13. « La distinction par l’ultraminceur, en affichant une capacité de contrôle absolu de ses envies. A l’inverse de l’obèse, le sujet ultramince apparaît ultramaître de son existence. Ce n’est bien sûr qu’une vue de l’esprit, le contrôle de l’alimentation n’étant qu’une infime partie de la maîtrise existentielle »14

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Une responsabilité collective :

 

L’argument de la santé est celui qui légitime le culte de la minceur, qui lui donne une validité sociale, morale et politique. Les médecins en sont donc le relais. Comme le dit Jean-Claude Kaufmann, on ne peut pas tant leur en vouloir d’avoir prescrit tout et n’importe quoi pour faire mincir : « on ne peut pas demander à la science de savoir plus que le savoir de son époque […]. Mais ils portent une part de responsabilité dans le simple fait d’avoir fait leur travail. »15. Certains y ont, toutefois, mis plus de cœur que d’autres. Tout comme aujourd’hui certains se contentent des avertissements d’usage et prennent en charge leur patient alors que d’autres détruisent le corps de leurs  »adeptes » avec des remèdes miracles ou des régimes fulgurants, hier comme aujourd’hui les charlatans guettent l’opportunité de se remplir les poches.

Cela fait longtemps que le complexe médico-pharmaceutique et l’industrie de la mode travaillent main dans la main. Le tout englué dans des injonctions médiatiques toujours plus fortes. « Le gros n’est pas simplement lourd, laid, pas distingué. Il est aussi cet être méprisé en sourdine car jugé incapable de maîtriser son existence. Cela fait beaucoup ne trouvez-vous pas ? La machine folle qui a installé la minceur en norme centrale de la discrimination sociale et psychologique est d’une efficacité redoutable. Et d’une cruauté inouïe. »16

Mais la pression médicale et médiatique ne sont pas les seuls relais de cette stigmatisation. Et c’est là un argument inédit et plutôt intéressant, la responsabilité est collective. Pas seulement dans le regard que nous portons sur nous même et sur les autres, mais aussi dans nos actes qui font de nous des rouages de cette machine folle. « Tout le monde ou presque porte désormais sa part de responsabilité. Si je fais un petit régime avant l’été, juste pour perdre deux modestes kilos, je participe moi aussi sans le vouloir à la machine folle. En incitant d’autres à faire comme moi, en stigmatisant d’avantage ceux qui ne le font pas. Certes, tout le monde n’est pas responsable au même degré. »17  Nous sommes tous partiellement responsables, et l’auteur ne se prive pas de dénoncer quelques entités ayant un poids important dans l’engrenage de ce qu’il appelle « la machine folle » : le milieu de la mode, le poids de la religion catholique notamment.

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Bémols :

 

On peut toutefois regretter qu’une bonne partie de l’analyse de l’auteur aie pour support les forums sur internet. Même si la démarche est justifiée, internet est le lieu où l’on trouve le plus de témoignages en la matière, c’est souvent redondant. Il est vrai cependant que l’anonymat généré par l’interposition de l’écran permet une plus grande liberté de parole, c’est donc une source à ne pas négliger. L’auteur se base également beaucoup sur ses travaux précédents, notamment une étude faite sur la plage concernant la pratique ou non du topless. Certes, il existe peu de sources sur la question du rapport au corps, surtout en France, mais un référence plus courte aurait suffit. On sent une certaine suffisance où l’on aurait voulu que certains points du livre soient approfondis ou que certains écueils soient évités.

Grosse critique en revanche sur le chapitre 5 de l’ouvrage « Ce qu’en pensent les hommes »18. Il est d’un hétérosexime entendu et malheureux. Certes, nous vivons dans un monde hétérosexiste qui montre l’hétérosexualité comme seul modèle. Les femmes seraient donc entièrement sujettes aux regards des hommes et agiraient en conséquence. Certes, c’est le modèle dominant, médiatiquement en tout cas. Sauf, qu’il existe des homosexuels femmes ou hommes qui se projettent selon d’autres codes qu’il aurait été intéressant d’aborder. Certaines lesbiennes ne se considèrent pas comme des femmes19 et ne se définissent pas selon le prisme du patriarcat ou de l’hétérosexisme ambiant. Jean-Claude Kaufmann aurait pu traiter de cela ou de la particularité de la communauté Bear dans le milieu gay par exemple. Au lieu de ça, on se retrouve avec un chapitre quelque peu schématique qui plombe le livre. Même si j’ai envie de lui laisser le bénéfice du doute, on note également que quelques passages sont proches de la misogynie :

« Quand les hommes disent qu’une femme est belle, ils le pensent vraiment, même si le parcours qui mène à cette beauté est un peu complexe. Les femmes ont d’ailleurs très bien compris ce mécanisme. Et elles en jouent depuis la nuit des temps. Robes fendues ou autres corsages plongeants sont des armes classiques et bien connues pour attirer le regard des hommes, non sur ces  »appâts » […]. Non. Vers beaucoup plus haut que cela, vers leur personne en elle-même, vers leur beauté et rien d’autre. Les femmes savent très bien tout cela. Elles ne cessent pourtant de l’oublier un peu, de le refouler, d’attiser le chaland sans réaliser ce que cela provoque chez les hommes. Surtout quand un mode vestimentaire accentue la portée des gestes. Si la minijupe est tendance, il devient normal de s’habiller ainsi, tout le monde le fait. Les hommes découvrent malgré tout (sans s’en plaindre) que cela découvre très haut les cuisses. Il y a donc à l’évidence un léger malentendu, un décalage manifeste. »20

C’est dommage de céder à l’essentialisme et à autant de clichés sociaux dans un chapitre qui, aussi hétérocentré soit-il, vise à démontrer que le regard que portent les femmes sur elles-mêmes et sur les autres femmes est trop dur, et que malgré la pression sociale et médiatique, la beauté n’est pas aussi archétypique qu’elle ne le semble de prime abord. C’est décevant de la part d’un sociologue de ne pas mentionner que ces attitudes, celle de la proie, celle du chasseur, sont socialement construites par une société patriarcale, certes millénaire, mais pas naturelle pour autant. Les stéréotypes sont flagrants, la femme joue avec inconséquence et l’homme bien élevé tente de contenir ses pulsions sexuelles créant ainsi un malentendu.

Sauf que l’argument du malentendu et de la pulsion sont ceux qui légitiment trop souvent le viol. Ils violent à cause d’une minijupe, ou d’une attitude, s’ils daignent s’excuser c’est parce qu’il n’avaient pas compris qu’elles n’étaient pas d’accord, c’était un malentendu. Non, ils violent parce qu’il existe une culture du viol et une culture patriarcale, socialement construite, légitimée politiquement, médiatiquement et intellectuellement pendant des siècles. Et là, Mr Kaufmann, la pente est glissante. Et oui « les femmes acceptent mal ces regards »21 parce que leurs corps leurs appartiennent ainsi que le regard qu’elles portent sur celui-ci. Ce regard ne devrait pas leur être confisqué et celui des hommes ne devrait pas se poser comme un calque biaisant leur regard sur elles-mêmes que ce calque crée l’envie ou la crainte. Porter une mini-jupe pour plaire quitte à être mal à l’aise, rêver de porter une mini jupe mais ne pas le faire pour ne pas risquer de se faire emmerder dans la rue. Il n’y a pas d’attraction-répulsion dans l’agression qu’elle soit physique ou verbale, comme il n’y a pas d’attraction-répulsion dans le fait de se voir confisquer son regard sur soi. Si une tel chose existe c’est le fait d’une société malade, hiérarchisée et oppressante pour les femmes.

L’hétérosexisme et ce passage douteux sont les seules critiques que j’ai à formuler. Cela reste un ouvrage intéressant, que je recommande. Il est facile à lire c’est une approche simple et efficace quant aux questions du corps et de regard sur soi. De plus, la spécificité des fesses lui offre un angle inédit et les analyses tirées y sont, le plus souvent, pertinentes.

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Conclusions :

 

Même si l’objet de ce livre est pour le moins restreint, les fesses, il n’en est pas moins capital dans l’appréhension de l’influence des normes de beauté sur nos corps et nos personnalités. La fesse est le résumé de tout le reste et est en même temps la focale principale de la majorité des femmes sur leurs corps. La fesse est l’incarnation du discours schizophrénique sur nos corps. Si ce livre m’a autant intéressée c’est bien sûr parce que la fesse est le lieu du gras, de la nécessité de la courbe et de la minceur : c’est le lieu du paradoxe total. La fesse peut être souhaitée rebondie, pulpeuse ou inexistante, mais dans aucun cas elle ne doit être molle. La culotte de cheval jugée saillante au XIXe n’est plus tolérée. La fesse montre les changements d’époque, démontre la mouvance de la norme. Ce que l’on retient clairement du rapport à la fesse c’est qu’il est source d’attention et d’insatisfaction permanentes, et que tout pointe vers une volonté de plus de contrôle de son corps, quitte à se fixer des objectifs inaccessibles, à ne jamais se laisser tranquille et à souffrir. Quitte à déplacer l’idéal toujours plus loin quand on s’approche du but. « La fesse idéale n’existe pas. Chaque époque essaie de dessiner des canons de beauté, qui en réalité sont très instables et provisoires. L’idéal du moment est vite remplacé par un autre. De plus, ces canons ne se réfèrent absolument pas à la beauté, ce sont des normes sociales et rien de plus. La société a certes besoin de normes pour construire le vivre ensemble, il nous faut un langage commun pour pouvoir échanger. Mais la beauté n’a rien à voir avec cela, la beauté est quelque chose de complètement différent. La beauté est dans le regard de celui qui sait la voir. »22

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  • Extrait :

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Notes et références :

1Jean-Claude Kaufmann, La guerre des fesses – Minceur, rondeurs et beauté, JC Lattès, 2013, 16€ , toutes les citations sont extraites du livre.

2p.13

3p.36-37

4Notamment Georges Vigarello, Les Métamorphoses du gras : histoire de l’obésité du Moyen Âge au XXe siècle, Éditions du Seuil, coll. « L’univers historique », 2010

5p.51

6p.53-54

7p.168

8p.59

9p.63

10p.67

11Jean-Claude Kaufmann, Corps de femmes, regards d’hommes. Sociologie des seins nus, Nathan, 1995

12p.76

13p.147

14p.150

15p. 70

16p. 72

17p.152

18p.93 à 114

19Monique WITTIG La Pensée straight, Balland « Le Rayon » 1992

20p.113 c’est moi qui souligne

21p.113

22p.233

Grosseur et féminité : un dialogue, des résistances

Au bout des lèvres

#7

grosseur et féminité : un dialogue, des résistances

Ce texte décrit mon expérience de femme cis (c’est-à-dire dont l’identité de genre correspond au sexe qui lui a été assigné à la naissance, soit non-trans*) blanche de classe moyenne qui investit l’identité queer de fem et qui politise la grosseur. Il prétend partir de ce point de vue pour une réflexion sur la féminité (queer ou pas) et sur les normes de corpulences, par delà les genres. Il vise à montrer comment le confort et les outils que l’on peut dégager individuellement, à l’égard de son propre parcours et dans la vie quotidienne, peuvent être des éléments déclencheurs qui activent une réflexion plus générale et un engagement personnel à plus large échelle dans des luttes collectives.

 

Quelques repères

Fem, c’est le terme français qui a émergé pour rendre l’idée de femme en anglais tout en le différenciant du terme « femme », beaucoup plus large. Il fait référence à…

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